15/11/2016

Pourquoi forcément une deuxième femme socialiste ?

Les journalistes semblent admettre sans discussion que le parti doit proposer une femme pour remplacer A.-C. Lyon comme candidate au Conseil d'Etat. La parité, pourtant, n'y trouve pas son compte.

Actuellement, les socialistes sont représentés au Conseil d'Etat vaudois par deux femmes, Anne-Catherine Lyon et Nouria Gorrite, et un homme, Pierre-Yves Maillard, soit une prépondérance féminine de deux sur trois. Si vous y ajoutez la Verte Béatrice Métraux, qu'on retrouvera certainement sur la même liste, on aura à coup sûr deux femmes et un seul homme sur la prochaine liste de gauche. Alors pourquoi pas un homme, pour occuper la quatrième place et présenter une parfaite parité ?

En décidant a priori et sans grande discussion que seule une femme pouvait prétendre au siège libéré par Anne-Catherine Lyon, les socialistes ont d'un grand coup écarté de la course tout ce que leur parti compte de jeunes hommes de valeur. Et il y en a. Au Conseil national, au Grand Conseil, dans les Municipalités, ils sont nombreux ces jeunes politiciens socialistes qui ont une vision, un projet : je n'en établis pas la liste, car ce n'est pas mon propos. Leur vision n'est pas la mienne, mais j'en apprécie la qualité et la portée. Et je trouve regrettable que ces hommes soient éliminés d'entrée de cause.

Pour le PS vaudois, la promotion de la femme en politique semble avoir eu raison de tous les autres combats socialistes. Dans notre Canton, c'est un combat dépassé. Nous avons une majorité de femmes au Conseil d'Etat; nous avons des femmes au Conseil des Etats, au Conseil national ; des femmes syndiques (depuis Yvette Jaggi), Municipales, députées. Les électeurs vaudois - les libéraux autant que les socialistes - ont depuis longtemps accordé leurs suffrages aux personnes qu'ils en jugeaient dignes, indépendamment de leur genre. Le parti socialiste est-il tellement à court d'idées qu'il se croit encore obligé de se rabattre sur la lutte féministe ?

En éliminant de la candidature au Conseil d'Etat tous les hommes de valeur qu'il compte dans ses rangs, le parti socialiste s'affiche comme un parti du passé. Et c'est bien regrettable pour notre démocratie.

 

13/09/2016

Le crime de Payerne n'a pas mis le feu aux poudres

Plutôt que de gloser sur l'antisémitisme helvétique révélé par le crime de Payerne, il est intéressant de voir comment les Vaudois en ont géré les suites.

Qu'il y ait eu des sentiments antisémites dans notre pays dans les années quarante n'est un secret pour personne. Des historiens peuvent sans doute continuer à creuser ce type d'étude. Mais sans être historien, on peut simplement observer les faits.

"Un Juif pour l'exemple" rappelle le sordide assassinat à Payerne du marchand de bétail Arthur Bloch. Il serait correct de souligner que les auteurs de cette sauvagerie ont été identifiés par la police vaudoise, puis déférés à la justice, qui les a condamnés. Ils ont été emprisonnés et ont purgé leur peine.

Des délinquants de droit commun, traités par la justice comme tels !

Si le sentiment antisémite avait été si développé dans notre pays, si les prétendues sympathies nazies avaient été si fortes, on aurait vu des manifestations populaires venir au secours de ces brigands. Ils auraient fait des émules. D'autres Juifs auraient été assassinés de la même manière et avec la même barbarie. Eh bien non : pas de partisans, pas d'imitateurs.

Est-on en droit de conclure que la population suisse, en dépit de quelques sentiments antisémites épidermiques, n'avait rien à voir avec les tortionnaires allemands ? Je le crois. 

Les suites données chez nous au crime de Payerne sont rarement évoquées. Mais elle permettent d'affirmer que ce crime n'était pas l'expression d'un sentiment populaire, mais le fait de quelques fanatiques isolés. Je suis assez fier, je ne le cache pas, de savoir que le peuple vaudois et le peuple suisse ne se sont jamais laissés emporter par le délire de quelques jeunes gens haineux et déboussolés.

05/04/2016

Poignée de main : un débat salutaire

Il est très intéressant de voir l'importance du débat suscité par le refus de la main tendue par une enseignante à deux enfants de confession musulmane. C'est le miracle helvétique.

Nicola Blancho, sur Forum, a bien compris l'importance de ce débat, et c'est pourquoi il a tenté d'en réduire la portée. "C'est insignifiant, et je ne vois par pourquoi on en fait une histoire pareille", a-t-il commenté, en substance. Parce la stratégie du fondamentaliste qu'il incarne consiste précisément à obtenir, par petits pas en apparence anodins, une transformation progressive de notre société pour la faire entrer dans son moule. "Il s'agit du respect que l'on doit à des personnes..." dit-il avec insistance. Alors banalisons cet incident.

Eh bien non, justement, c'est en refusant de tendre la main (c'est le cas de le dire !) à ces revendications fondamentalistes que nous pourrons continuer à intégrer dans notre société suisse des ressortissants de toutes confessions, musulmans y compris. Et je me réjouis de la vigueur du débat suscité dans notre pays par cette affaire. On sait bien ce que les Blancho et autres fondamentalistes tentent d'obtenir : lorsque deux enfants musulmans, dans une école publique, se verront accordé le droit de ne pas serrer la main de leur maîtresse, ils en feront un thème de prédication. "Un bon enfant musulman ne serre pas la main de sa maîtresse...", et exerceront une pression insoutenable auprès de tous les enfants de même confession qui n'auraient jamais refusé la main tendue. Affirmer que le débat est disproportionné n'est qu'une habile stratégie. Navré, M. Blanco, en Suisse, cela ne prend pas.

Dans quelques mois, nous devrons débattre du port du Niqab ou de la Burqa. On a déjà entendu quelques "responsables" politiques, parmi lesquels la socialiste Ada Marra, affirmer que ce débat était inutile en Suisse car le problème ne s'y pose pas. Erreur, ma soeur ! Lorsque le problème se posera vraiment en Suisse, ce sera trop tard. C'est maintenant que l'exigence d'une société dans laquelle les individus ont un visage et une identité doit être affirmée.

Heureux pays, la Suisse, qui sait débattre à temps, qui mesure la véritable portée de petits incidents, de petits signes, et qui fixe clairement la ligne rouge à ne pas dépasser. A temps ! Pauvre France, pauvre Belgique.