05/04/2016

Poignée de main : un débat salutaire

Il est très intéressant de voir l'importance du débat suscité par le refus de la main tendue par une enseignante à deux enfants de confession musulmane. C'est le miracle helvétique.

Nicola Blancho, sur Forum, a bien compris l'importance de ce débat, et c'est pourquoi il a tenté d'en réduire la portée. "C'est insignifiant, et je ne vois par pourquoi on en fait une histoire pareille", a-t-il commenté, en substance. Parce la stratégie du fondamentaliste qu'il incarne consiste précisément à obtenir, par petits pas en apparence anodins, une transformation progressive de notre société pour la faire entrer dans son moule. "Il s'agit du respect que l'on doit à des personnes..." dit-il avec insistance. Alors banalisons cet incident.

Eh bien non, justement, c'est en refusant de tendre la main (c'est le cas de le dire !) à ces revendications fondamentalistes que nous pourrons continuer à intégrer dans notre société suisse des ressortissants de toutes confessions, musulmans y compris. Et je me réjouis de la vigueur du débat suscité dans notre pays par cette affaire. On sait bien ce que les Blancho et autres fondamentalistes tentent d'obtenir : lorsque deux enfants musulmans, dans une école publique, se verront accordé le droit de ne pas serrer la main de leur maîtresse, ils en feront un thème de prédication. "Un bon enfant musulman ne serre pas la main de sa maîtresse...", et exerceront une pression insoutenable auprès de tous les enfants de même confession qui n'auraient jamais refusé la main tendue. Affirmer que le débat est disproportionné n'est qu'une habile stratégie. Navré, M. Blanco, en Suisse, cela ne prend pas.

Dans quelques mois, nous devrons débattre du port du Niqab ou de la Burqa. On a déjà entendu quelques "responsables" politiques, parmi lesquels la socialiste Ada Marra, affirmer que ce débat était inutile en Suisse car le problème ne s'y pose pas. Erreur, ma soeur ! Lorsque le problème se posera vraiment en Suisse, ce sera trop tard. C'est maintenant que l'exigence d'une société dans laquelle les individus ont un visage et une identité doit être affirmée.

Heureux pays, la Suisse, qui sait débattre à temps, qui mesure la véritable portée de petits incidents, de petits signes, et qui fixe clairement la ligne rouge à ne pas dépasser. A temps ! Pauvre France, pauvre Belgique.

14/03/2016

La RIE III n'est pas le succès du centre

N'en déplaise à Axel Marion, le projet de réforme vaudois de la fiscalité des entreprises n'est pas le succès du Centre. Un peu facile, lorsque l'accord est trouvé, de lui coller le qualificatif de "centriste", comme si le PDC y était pour quelque chose. Cet accord est le fruit de deux volontés politiques opposées : une droite qui se préoccupe de façon générale d'alléger le poids de la fiscalité, et d'une gauche qui veut accorder des avantages sociaux. S'agissant de la droite, elle se réjouit de pouvoir réduire l'impôt sur le bénéfice des entreprises, sachant bien que la réduction de l'imposition des personnes physiques, qui demeure l'un de ses objectifs, devra intervenir dans un second temps. Quant à la gauche, elle se félicite, bien que minoritaire dans notre canton, de parvenir à obtenir quelques avantages sociaux, qui sont son combat permanent. Au passage, la suppression des statuts spéciaux, qui est une exigence des pays voisins, arrange tout le monde.

C'est accord, parfaitement dans la ligne de l'esprit de cohésion qui fait le miracle vaudois, n'est pas né d'une démarche "centriste", mais d'une saine confrontation politique entre une droite et une gauche qui ont des lignes politiques claires et distinctes, et qui sont condamnées à s'entendre. Que la résultante de cette confrontation se trouve au centre, par la force des choses, n'a rien d'étonnant. Mais rien qui autorise les partis du centre à la moindre autosatisfaction. Au contraire : l'accord de la droite et de la gauche autour de la réforme de la fiscalité des entreprises démontrerait plutôt que les partis du centre sont inutiles. Ce semble d'ailleurs bien être l'avis des électeurs, qui leur accordent de moins en moins leur confiance.

21/08/2015

Les Chrétiens face à l’Ancien Testament

L’Evêque de Coire  a provoqué un tollé en citant une condamnation de l’homosexualité figurant dans le Lévitique, un des premiers livres de l’Ancien Testament. Ce qui devrait indigner les Chrétiens, c’est qu’un Evêque puisse citer ce texte sans la distance qu’impose l’Evangile.

L’enseignement du Christ se distingue radicalement de l’Ancien Testament par un message de liberté. A la question : « Quel est le plus grand des Commandements ? », il répond clairement : « Tu aimerais ton Dieu et tu aimeras ton prochain… ; de là dépendent toute la Loi et les Prophètes. » Tout son enseignement consiste précisément à s’écarter des règles strictes de l’Ancien Testament pour en dégager seulement un message d’amour. Le livre du Lévitique, qui comporte un ensemble de règles à suivre, est globalement relativisé par le message chrétien.

C’est la grande originalité de l’Evangile, qui distingue fondamentalement le Christianisme des deux autres grandes religions monothéistes. En ce sens, la Charia est aux antipodes de la religion chrétienne. C’est aussi pourquoi la religion chrétienne contient si peu d’interdits – à la différence du Judaisme et de l’Islam – et permet au Chrétiens, par exemple, de manger de tout et de n’être soumis à aucun ritualisme contraignant.

Qu’un évêque cite le Lévitique à titre d’information : on ne peut le lui reprocher, ces textes font partie de la Bible. Mais qu’il ne lui apporte pas immédiatement la distance de l’Evangile, voilà qui devrait choquer. Ce n’est pas le Lévitique qui doit scandaliser : ces textes existent. Mais ne pas dire que ces textes ont été complètement relativisés par le Christ : voilà où est le scandale.

Par les temps qui courent, les Chrétiens seraient bien inspirés d’affirmer la spécificité de l’Evangile, religion de libération et de pardon ; religion d’amour. Cela ne veut pas dire qu’ils cautionnent n’importe quoi ; mais qu’ils affirment la distance qui sépare l’Ancien testament du message du Christ.