20/03/2007

Libre choix du médecin : ne pas tout confondre !

Sitôt connu le refus par le peuple de la caisse unique, certains politiciens se sont emparés de la question du libre choix du médecin par le patient. Il s’agirait, à leurs yeux, de permettre aux assureurs de choisir les médecins avec lesquels ils accepteraient de collaborer. En terme technique, cela s’appelle « la suppression de l’obligation de contracter ».
Il s’agit de commencer par le début, c’est-à-dire de chercher à voir où sont les problèmes.
1. Le premier problème, c’est celui « des médecins trop chers ». C’est vrai que certains médecins coûtent plus cher que leurs confrères, généralement par maladresse, parfois par malhonnêteté. Des montons noirs, il y en a dans toutes les professions. Ils doivent être ramenés à une pratique plus économe, éventuellement faire l’objet d’une sanction. Mais ces situations ne justifient pas que l’on donne aux assureurs maladie le droit de choisir les médecins avec lesquels ils veulent bien travailler. On n’a jamais vu les assureurs RC, sous prétexte que certains garages sont trop chers, proposer de supprimer le libre choix du carrossier !
2. Le second problème, c’est celui « des patients trop chers ». Ce sont les malades qui pratiquent le tourisme médical. Toujours insatisfaits des soins reçus, ils consultent sans fin d’autres spécialistes, et répètent des examens parfois coûteux (scanner par exemple). A cause d’eux, on voudrait donner à des « réseaux » le droit d’imposer à un patient le médecin à consulter. Ici aussi, grand mélange : qu’un patient demande un autre avis lorsqu’il n’est pas satisfait, nul ne peut le lui reprocher. Cette démarche est le plus souvent justifiée par le fait que, effectivement, le premier médecin n’est pas parvenu apporter au patient l’aide espérée. Que les assureurs maladie refusent de rembourser les prestations répétitives, soit. On peut jouer sur les franchises ou la participation aux frais pour freiner le tourisme. Mais pas en tirer prétexte restreindre le libre choix du médecin par le patient.
Le libre choix du médecin est un des pivots de notre système de santé. Grâce à lui, la relation thérapeutique peut se construire à la fois sur la responsabilité et la confiance. Lorsque cette confiance, pour diverses raisons, est altérée, le patient doit pouvoir consulter un autre médecin. Et le médecin, renoncer à donner des soins. Le libre choix du médecin n’est pas un gadget : c’est le fondement même de la médecine libérale, caractérisée par une relation personnelle entre un patient qui demande de l’aide et un médecin qui accepte de se charger de ce fardeau. C’est cette médecine libérale qui a conduit à la qualité et à la performance de notre système de santé, largement reconnu. Vouloir restreindre le libre choix du médecin, sous prétexte qu’il y aurait là quelques sources d’économie relève d’une politique particulièrement écervelée. N’en déplaise à quelques économistes de la santé et autres faiseurs de statistiques…qui n’ont jamais soigné personne !

 

20:16 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Il n'y a rien à ajouter au texte rationnel et mesuré de Monsieur Haury sur le plan de l'éthique professionelle. L'appréhension pragmatique du problème du libre choix du médecin nécessite cependant une double extension par rapport aux propos de M, Haury : Vers le haut, pour le poser en terme économique et citoyenne responsable, vers le bas pour en apprécier les facettes émotionnelles et reptiliennes, car c'est là que se font et se défont les opinions, les débats télévisés, ainsi que les campagnes de votation populaire.
Pour le moment, le libre choix du médecin est désiré par la population avec des exceptions hautement significatives et fréquentes : le non-choix du spécialiste en milieu hospitalier. Cela est significatif de la limite du systéme et des limitations à la fois structurelles, financières et émotionelles ( la peur suggérant de se confier au meilleur, le CHUV est perçut comme le meilleur par beaucoup). La métaphore du garage et du garagiste est plus que dangereuse, car elle présuppose un objet à réparer et non un sujet à traiter avec ses peurs sa grandiosité et ses attentes magiques. Il est donc aussi nécessaire de parler du libre choix du médecin de soigner son patient comme sujet complexe et il serait idéal que le médecin puisse disposer aussi du libre choix de l'assurance qui le paye en considérant qu'elle peut aussi fonctionner comme sujet et non seulement comme institution mécanisée, ce qui est le cas actuellement (si l'on excpte de rares situations où le dialogue est possible avec le médecin d'assurance qui le plus souvent se comporte en sujet non complétement inféodé à ses employeurs. Bien à vous

Écrit par : Danthe | 23/03/2007

Tout à fait d'accord avec vous. La LAMal, en instaurant l'obligation d'assurance, a donné les pleins pouvoirs et une situation de monopole aux caisses-maladie: on ne peut leur échapper. Dès lors que l'assurance est obligatoire et que toutes doivent offrir le même produit, il ne peut y avoir de réelle concurrence entre elles. Puisque l'on veut introduire de la concurrence dans le système, il ne reste plus qu'à la faire jouer entre les médecins, avec la fameuse "liberté de contracter", euphémisme qui constitue un pouvoir de plus donné aux caisses-maladie, et qui signifie la perte du libre choix du médecin. Comment peut-on concevoir que l'on puisse obliger la population à s'assurer, sans lui laisser le libre choix de son médecin? C'est la démarche inverse qui doit être proposée: la fin de l'obligation d'assurance.

Écrit par : P.-O. Rosselet | 23/03/2007

"C'est la démarche inverse qui doit être proposée: la fin de l'obligation d'assurance."

Vous voulez un système à l'américaine ?????

Écrit par : antoine | 23/03/2007

Malgré tout le respect que j'ai pour les médecins, force est de reconnaitre que la santé est devenue un objet de consommation comme un autre. On va chez le toubib comme on amène sa voiture au garage pour le contrôle des 10'000 km et on veut que l'organisme tourne rond en sortant du cabinet, sinon on va voir ailleurs. Dans notre société de consommation et d'irresponsabilité généralisée, on oublie que nous ne sommes qu'une goutte de sang frémissante dont la durée de vie est limitée quoi qu'on fasse.

Écrit par : St-Pierre | 26/03/2007


Contrairement a ce qui est affirmé dans la presse de ce jour, les cantons ne contrôlent pas que le 35% des coûts de la santé. Les autorités cantonales ont les instruments de maîtrise des coûts hospitaliers (planification hospitalière) et de maîtrise des rémunérations des prestataires de soins (fixation de la valeur point Tarmed, article 47, al. 1 de la LAMal). Les cantons contrôlent exactement le 100% des coûts de la santé, à l'exception des prix des médicaments fixés par Swissmedic au niveau fédéral.

Les cantons doivent pouvoir à l'avenir importer directement leurs médicaments nécessaires dans leur système de santé puisque Swissmedic fixe des prix beaucoup plus élevés que les pays voisins. Des économies importantes peuvent être réalisées en donnant aux cantons la compétence d'importer directement leurs médicaments.

Si aucune convention tarifaire ne peut être conclue entre les fournisseurs de prestations et les assureurs, le gouvernement cantonal fixera le tarif, après avoir consulté les intéressés (cf. article 47, al. 1 de la LAMal). (page 9 de l'annexe). Il est ridicule de parler de marché de la santé alors que les prix sont bel et bien des prix administrés fixés par l'Etat. (les prix ne sont pas la résultante de l'offre et de la demande de prestations).

Il serait beaucoup plus simple d'avoir une caisse maladie unique cantonale puisque l'Etat doit de toute façon intervenir pour fixer les tarifs des hôpitaux et des prestataires de soins.

Il est possible de baisser la valeur du point Tarmed afin d'accroître la productivité des prestataires de soins : les médecins valaisans ne font en moyenne que 21 consultations journalières contre 50 à 80 consultations pour les médecins japonais.


http://www.vs.ch/Press/DS_3/PU-2000-02-12-1548/fr/tarmed.pdf

Écrit par : antoine | 26/03/2007

La Suisse (Etat fédéraliste) a bel et bien 26 systèmes de santé et pas un seul système de santé.

Les cantons de Neuchâtel et du Jura vont pouvoir créer des caisses cantonales uniques puisqu'une majorité de citoyens de ces cantons (de ces systèmes de santé) ont fait démocratiquement ce choix dans un pays fédéraliste.

Les primes sont cantonales. Les assurés ont l'obligation de s'assurer dans leur canton. Les Neuchâtelois et les Jurassiens ne peuvent pas choisir de s'assurer en Appenzel et payer les mêmes primes que les Appenzellois. Les Neuchâtelois et les Jurassiens ne peuvent, par ailleurs, pas choisir leur médecin, leur hôpital etc. dans le canton d'Appenzel. La Suisse a très clairement 26 systèmes de santé.

Les planifications hospitalières sont faites dans chaque canton de façon autonome. Elles ne sont pas faites au niveau fédéral. Par ailleurs, la valeur du point Tarmed (pour la rémunération des prestataires de soins) est fixée au niveau cantonal. Les densités médicales et hospitalières varient fortement d'un système de santé (canton) à un autre système de santé (canton). Les cantons ont les instruments pour agir sur la densité hospitalière et médicale contrairement à la Confédération.

Il est, par conséquent, normal que chaque canton (système de santé) puisse choisir le mode de financement (prime par tête, impôt sur le revenu,etc.) et la création d'une caisse maladie unique cantonale ou la mise en concurrence d'assureurs privés pour l'assurance maladie de base.

Il faut réactiver le Postulat de Mr le Conseiller National Josef Zisyadis

01.3495 - Postulat

KVG. Kantonale Einheitskasse

http://search.parlament.ch/cv-geschaefte?gesch_id=20013495

Écrit par : antoine | 26/03/2007

Bon, soit : on est en période électorale et Antoine voyage pour Joseph Z. Il faut donc qu'il en revienne à la caisse unique. J'ai essayé de sortir de ce débat, qui est un débat de "gestionnaires de la santé qui n'ont jamais soigné personne". Alors qu'Antoine prenne au moins la peine de parler du sujet. Est-il favorable à la restriction du libre choix du médecin par le patient, et si oui, à quelles conditions ? Est-il favorable à ces fameux "réseaux de soin", dont le principe est toujours de limiter le libre choix du patient ?

Écrit par : Jacques-André Haury | 26/03/2007


Je suis pour le libre choix du médecin. Je suis opposé aux réseaux de soins (managed care) qui ne sont qu'une restriction de l'accès aux soins des assurés : une maladie qui n'est pas soignée rapidement devient chronique, puis invalidante et finalement mortelle et les coûts explosent.

Par contre, je suis en faveur d'une baisse importante de la valeur du point Tarmed ce qui permettrait d'accroître l'accès aux soins des assurés et d'accroître la productivité des prestataires de soins. Pourquoi les médecins valaisans ne font que 21 consultations journalières alors que le nombre de consultations journalières au Japon va de 50 à 80 consultations journalières selon les types de cabinets médicaux ? D'autre part, le nombre de consultations par assuré et par année est de 16 au Japon tandis que la moyenne des autres pays de l'OCDE n'est que de 6,6 consultations annuelles par assuré. Les Japonais ont également le taux d'hospitalisations le plus bas au monde.

La consultation initiale coûte 17,4622 Swiss francs au Japon alors qu'en Suisse, elle coûte 2,28 fois plus cher soit 39,90 francs.

Il est possible de baisser la valeur du point Tarmed afin d'accroître la productivité des prestataires de soins : les médecins valaisans ne font en moyenne que 21 consultations journalières contre 50 à 80 consultations pour les médecins japonais.

http://www.vs.ch/Press/DS_3/PU-2000-02-12-1548/fr/tarmed.pdf

Les cantons peuvent baisser la valeur du point Tarmed (article 47 al. 1 de la Lamal) afin d'accroître la productivité des prestataires de soins au niveau de nos amis japonais et réduire les coûts globaux du système de santé.

Dear Sir,
The initial consultation fee costs in Japan 14 dollars (17,4622 Swiss francs). In Switzerland, the initial consultation fee (code 1b, 21 points Tarmed; 21X 1,90 (value of the Tarmed point in the State Valais in Switzerland) = 39,90 Swiss francs. (the initial consultation fee is 2,28 times more expensive in Switzerland than in Japan). The initial consultation fee is 4 times more expensive in Unites States than in Japan. So, 14 dollars X4 = 56 dollars oder 69,84 Swiss francs oder 1,75 time more expensive in United States than in Switzerland.
Have a great evening.

Écrit par : antoine | 27/03/2007

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