27/11/2007

Démissionnez, M. Ospel !

D’abord une question d’honneur : lorsqu’une entreprise a pris des décisions qui nuisent gravement à son image, le patron assume et s’en va dignement. C’est aussi une question de mérite : si M. Ospel peut affirmer que son salaire exorbitant est justifié par les risques personnels qu’il prend dans sa fonction, on peut éventuellement être d’accord ; à condition que, lorsque le risque se réalise et que les affaires tournent mal, il se souvienne que c’est désormais la mise à pied qu’il mérite. C’est encore une question politique : des entreprises comme l’UBS ont besoin d’un certain nombre de conditions cadres, favorables à leur prospérité. Ces conditions cadres, elles les doivent principalement à l’engagement des partis du centre et de la droite. S’accorcher à son siège lorsque les affaires tournent mal, c’est contribuer à discréditer l’engagement de ces partis et, par enchaînement, faire le jeu de tous  ceux qui veulent nuire à notre place financière.

Le poste de M. Ospel est un poste « exposé » dit–on. Certes, mais exposé à quoi ? Exposé tout simplement à l’obligation, lorsque les affaires tournent mal, d’en assumer les conséquences personnelles et de se retirer. Il ne s'agit pas d'une question de "justice" : il s'agit tout simplement d'appliquer la logique du système ultralibéral dont M. Ospel a tiré profit jusqu'ici.

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20/11/2007

Le texte exact de ma motion

Motion demandant l’introduction d’une compétence légale, pour les directions d’établissements scolaires, de détecter les consommateurs de cannabis.

 

Dans les milieux qui se préoccupent de la jeunesse – parents, enseignants, éducateurs et personnel soignant – une large majorité refuse de banaliser la consommation de cannabis. D’une part, on connaît de mieux en mieux la gravité des effets du THC, notamment sur le cerveau, et surtout le cerveau de l’adolescent ; d’autre part, le cannabis représente généralement le premier pas dans l’engrenage de la consommation de stupéfiants. Et pourtant, le message donné par l’autorité est parfaitement ambigu.

L’article 19a de la Loi fédérale sur les stupéfiants et les substances psychotropes précise : « Celui qui sans droit aura intentionnellement consommé des stupéfiants (…) sera puni de l’amende. » Le cannabis fait partie des stupéfiants au sens de cette loi.

Le règlement scolaire vaudois précise, en son article 180 : « Les élèves ne consomment ni alcool, ni stupéfiants ; ils ne fument pas. » Quant à la Loi scolaire, son article 108 indique : « Lorsque la conduite d’un élève laisse à désirer en classe ou hors de l’école, le maître en avise immédiatement les parents. » Le cadre législatif est donc dépourvu de toute ambiguïté : l’élève qui consomme intentionnellement du cannabis commet une contravention à la Loi fédérale et une infraction au Règlement scolaire ; les maîtres ont l’obligation légale d’en aviser les parents.

 

Or cette consommation, par les élèves de la scolarité publique, est généralement impunie. Si un élève est pris en flagrant délit de consommation, il peut être sanctionné. Mais lorsque le corps enseignant n’a que des soupçons, il n’a aucun moyen légal de les vérifier. Dans certains cas, les élèves sont confiés au service médical, qui traite ces consommations comme des maladies, entourées du secret médical et de la protection de la sphère privée, comme il est d’usage en matière de santé. Mais la consommation de cannabis, au stade initial, n’est pas une maladie : c’est une contravention à la loi et une infraction au règlement scolaire. Cette incohérence entre les dispositions légales et la réalité quotidienne constitue probablement le vrai facteur d’ambiguïté et de banalisation de la consommation du cannabis chez les élèves.

 

Le DFJC offre actuellement aux directions d’établissements des programmes de prévention, programmes qui doivent permettre au corps enseignant de détecter les consommateurs de cannabis sur la base d’un certain nombre de signes et de comportements. Mais lorsque cette détection est faite, ils n’ont pas la compétence de vérifier leur soupçon. Il convient de modifier la Loi scolaire – et c’est l’objet de la présente motion – dans le but de donner à l’autorité scolaire - pratiquement à la direction des établissements - la compétence de confirmer, par des tests, qu’un élève a effectivement consommé du cannabis. Puisque l’école publique interdit la consommation de cannabis par les élèves, elle doit disposer légalement de moyens de preuve.

 

La consommation étant attestée, la procédure disciplinaire est définie par la législation scolaire et sort de fait du cadre de la présente motion. Quant à la consommation d’alcool et celle de tabac, qui constituent aussi des infractions au règlement scolaire, la présente motion ne les aborde pas, mais rien n’empêche le Conseil d’Etat de les englober dans une démarche commune de réponse à cette motion.

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14/11/2007

Le « joint » des privilégiés

L’étude de l’UNIL sur le cannabis doit être lue avant d’être interprétée. Sur les 5363 jeunes interrogés, seuls 455 (= 8,5%) se trouvent en situation de ne fumer que du cannabis sans y adjoindre de l’alcool et/ou du tabac. 1703 (32%) sont des polyconsommateurs ; les autres sont abstinents. Dans le groupe « Cannabis seul », fortement minoritaire, on constate que les jeunes qui ont de bons résultats scolaires, font du sport, vivent dans une famille harmonieuse et ont une bonne équipe de copains peuvent fumer un « joint » de temps en temps sans danger. En d’autres termes, que dans une petite élite de jeunes pour qui tout va bien, un peu de cannabis, occasionnellement, ne fait pas de mal. Ce qui est d’une banalité affligeante. Ouf : l’étude ne révèle rien d’autre que ce que nous savions déjà !

Le problème, c’est que la politique de santé publique ne s’adresse pas d’abord au jeunes pour qui tout va bien, mais à ceux qui sont en difficulté ou en danger. Ce sont les jeunes fragilisés par une rupture familiale, des difficultés scolaires ou un isolement social qu’il convient de protéger. Pour ces jeunes-là, le cannabis (comme l’alcool et le tabac) constituent un véritable danger. C’est à leur intention que les adultes en général, les autorités en particulier doivent donner un message clair : on ne pactise pas avec le cannabis.

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