21/10/2008

Dérapage au Conseil d'Etat

On sait que le Conseil d’Etat s’engage avec une énergie surprenante pour son projet de musée à Bellerive. Mais à l’UNIL, cet engagement dérape. La Faculté des lettres organise une « double conférence-débat » sur les enjeux du musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Orateurs : Mme Anne-Catherine Lyon, Conseillère d’Etat, M. Bernard Fibicher, directeur du Musée cantonal des Beaux-Arts, avec pour modérateur ( !) M. Philippe Kaenel, professeur d’histoire de l’art. Tous trois sont des partisans déclarés du projet de Bellerive. Belle conception du « débat » ! On ne saura pas qui, du Conseil d’Etat ou de la faculté des lettres, aura été l’initiateur de cette mascarade. Mais on peut s’étonner qu’un membre du Conseil d’Etat, autorité tutélaire de l’Université et garante de son autonomie, accepte de prendre part à un débat qui relève bien plus exactement d’un exercice de propagande, à quelques semaines d’une votation populaire sur l’objet discuté.
Il n’est jamais bon que l’Université soit agitée par des combats électoraux. Sans doute doit-elle s’enrichir de vraies disputes sur des sujets importants, mais de préférence à distance d’une votation populaire. Dans tous les cas, le Conseil d’Etat devrait faire preuve d’une grande prudence pour éviter toute pression sur des cadres universitaires qui, de fait, lui sont soumis hiérarchiquement.
Le dossier du Musée des Beaux-Arts fait apparaître au grand jour toutes les démarches dont l’autorité est capable lorsqu’elle entend faire passer en force un de ses projets contesté démocratiquement. Que l’Université accepte de participer au matraquage officiel est néanmoins surprenant. Le même Conseil d’Etat qui vient de doter l’Université de Lausanne d’une loi garantissant son autonomie devrait s’interdire de participer à la manœuvre. Nous savions que l’organisation de débats monocolores pour diffuser la propagande officielle au sein de l’université était pratiquée par les régimes totalitaires, tout particulièrement dans les domaines culturels. On se demande parfois ce qui reste de notre démocratie en terre vaudoise.

22:06 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (15)

Commentaires

Je perçois ces manoeuvres comme le signe annonciateur de leur prochaine défaite...

Cette manière détestable de défendre (j'allais dire "d'imposer") un projet mal foutu dès le départ et que l'on s'entête à trouver magnifique va, je l'espère, être sanctionné en votation.

Écrit par : Olegna | 21/10/2008

"On se demande parfois ce qui reste de notre démocratie en terre vaudoise."

Poser cette question, c'est y répondre!...

Mais, autres questions:
- N'avez-vous jamais brigé une fonction au cénacle de ces apparatchiks?
- Est-ce la défaite qui vous a ouvert les yeux?
- Où est-ce, plus simplement, l'écho logique de votre libéralisme?

Écrit par : Père Siffleur | 22/10/2008

Etrange que de s'offusquer! Au comptoir suisse, lieu public par excellence, M. Haury et ses amis ont été invités à venir débattre,... ce qu'ils ont tout simplement refusé!

Écrit par : La Fouine | 22/10/2008

C'est marrant, les musées lausannois. Ce cher Favrod n'engageait que des maoïstes, par exemple. Aujourd'hui, les universitaires font leur cour pour obtenir des postes pour leurs sbires, et s'il faut lécher des bottes, ce n'est guère un problème pour eux. C'est même leur principale qualité...
Sur quelle base engage t-on des assistants, selon vous ? leur capacité à se montrer critique envers leur maître de thèse ?

Écrit par : Géo | 22/10/2008

Etrange bavard que cet Haury tout de même. Allez comprendre le sens de cette croisade contre ce Musée des Beaux-arts. Alors que nous avons tous de bonnes raisons de nous réjouir d'une réalisation qui viendra valoriser la ville et offrir à ses citoyens, loin à la ronde, un magnifique objet de rencontre et de culture, M. Haury s'étouffe, vocifère, il n'en veut pas, là. Niant au passage le cheminement honnête menés par ceux qui ont acceptés les règles du jeu et qui, pour leur majorité, appuyent ce superbe projet. En démocratie, le minimum, c'est d'accepter le succès de l'adversaire et de reconnaître qu'on puisse avoir tord. Merci M. Haury de bien vouloir vous soumettre au jeu démocratique.

Écrit par : Sur la ligne d'horizon | 22/10/2008

Le jeu démocratique aura lieu le 30 novembre, au cas où vous ne le sauriez pas, sld'h...

Écrit par : Géo | 22/10/2008

Une réponse à "La fouine" : les opposants ont été invités à venir se livrer au jeu du débat contradictoire le lundi qui précédait de trois jours l'ouverture du Comptoir. Le jour de l'ouverture, un conseiller d'Etat était présent au stand : on ne l'a sûrement pas invité aussi tard. A cela s'ajoute que les opposants sont des miliciens, qui travaillent pour gagner leur vie. Ils ne peuvent pas facilement se libérer en vitesse un après-midi pour un débat politique. Du côté des opposants, tous sont des salariés qui ont pris ces débats sur leur temps de travail. Enfin, un débat organisé par les partisans, sur le stand des partisans, entouré du matériel d'"information" des partisans aurait mis l'opposant dans une situation objectivement désavantageuse. Le comité "Pas au bord du lac" n'est pas tombé dans le piège qui lui était tendu. En revanche, il accepte tous les débats contradictoires équitables auxquels il est invité. Inutile de préciser qu'il n'a reçu aucune invitation de la Faculté des lettres de l'UNIL...

Écrit par : JAHaury | 22/10/2008

Cher Jacques-André,

Cette double conférence, suivie d'un débat qui fut à la fois instructif, nourri et critique, est issue de mon initiative personnelle en tant qu'enseignant de l'art contemporain à la Faculté des Lettres de Lausanne. Elle était prioritairement destinées aux étudiants d'histoire de l'art et à tous les étudiants soucieux de la culture dans notre canton. Il s'agissait de permettre à ceux qui représentent l'avenir de ce même canton de s'informer sur les relations entre le musée comme institution et l'espace public. Les débats strictement politiques ont eu lieu dans d'autres contextes et ce n'était pas là le rôle que devait jouer la Faculté des Lettres. La séance était d'ailleurs ouverte à tout le monde, à tous les points de vue et ne s'apparentait pas à un Komintern!
Pas de machiavélisme donc, pas d'instrumentation, pas de perte d'autonomie institutionnelle, pas d'entorse aux règles démocratiques, pas de "matraquage officiel" et surtout: pas de désinformation, pas d'imprudence, pas de procès d'intention. Ton blog devrait s'inspirer de ces trois principes.
Amicalement
Philippe

Écrit par : Philippe Kaenel | 24/10/2008

« Pas de désinformation, pas d'imprudence, pas de procès d'intention »

Monsieur Kaenel, vous demandez l’impossible à Monsieur Haury.

Écrit par : cali | 24/10/2008

« Pas de désinformation, pas d'imprudence, pas de procès d'intention »

Monsieur Kaenel, vous demandez l’impossible à Monsieur Haury.

Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose.
Goebbels

Écrit par : Géo | 25/10/2008

Il me semble que nous n’avons pas les mêmes sources Geo.

"Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ».
Pour moi l’auteur Francis Bacon (1561-1626).

Écrit par : cali | 25/10/2008

Pas les mêmes sources mais toujours le même problème : vous ne prouvez rien et ne cherchez pas à argumenter : où est le lien pour appuyer vos assertions pour Goebbels/Bacon ?
Et où sont vos arguments pour appuyer cela :
« Pas de désinformation, pas d'imprudence, pas de procès d'intention »

Monsieur Kaenel, vous demandez l’impossible à Monsieur Haury."

???

Écrit par : Géo | 25/10/2008

Concernant Monsieur Haury, ce n’est pas la première fois que nous avons des arguments qui différent, par conséquent, ce n'est pas à votre demande que je vais m’épancher.

Écrit par : cali | 25/10/2008

Non, bien, vous resterez donc dans la calomnie...

Écrit par : Géo | 25/10/2008

Les aimables propos de Philippe Kaenel précisent qui est l'initiateur de ce "débat". Soit. Mais je persiste à considérer que, lorsqu'un objet émanant du Conseil d'Etat est soumis à la décision populaire, l'Université ne devrait pas en faire l'objet d'un débat interne, pour éviter de pervertir le climat académique. Quant aux membres du Conseil d'Etat lui-même, qui constituent de fait l'autorité hiérarchique de l'Université, ils devraient éviter d'apparaître personnellement dans ce type de débat. Ni "désinformation, ni procès d'intention", simplement la défense d'une certaine vision de l'Université au-dessus de la mêlée politique.
Reste l'"imprudence" : en d'autres termes, un appel à me taire pour ne pas risquer de prendre des coups. Si je choisissais la voie de la tranquillité personnelle, il y a longtemps que j'aurais cessé de faire de la politique. Et d'alimenter ce blog !

Écrit par : JAHaury | 26/10/2008

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