29/10/2008

Lausanne-près-Cuba

Après le Conseil d’Etat, c’est la Municipalité de Lausanne qui dérape dans son combat pour le projet de musée à Bellerive. Son dernier communiqué de presse dépasse les bornes du déni démocratique. Signé de la « Direction de la culture, du logement et du patrimoine », ce communiqué présente la construction du bâtiment de Bellerive comme une affaire acquise, sans l’ombre d’une allusion au référendum, c’est-à-dire au fait que cette construction est soumise au verdict démocratique. Exactement comme si la volonté populaire était une dimension négligeable du débat. Ose-t-on rappeler à ces édiles que, en démocratie, le « souverain », c’est encore le peuple ! Ils sont en droit d’élaborer des projets, mais sous réserve…
On lit également dans ce communiqué : « La Municipalité octroiera au Canton un droit de superficie pour l’édification du bâtiment ». Et le Conseil communal, là-dedans ? L’octroi d’un droit de superficie est une compétence du Conseil communal, élu par le peuple. La Municipalité peut le proposer, mais elle n’a pas la compétence de l’ « octroyer ».
On a décidément l’impression que certains magistrats sont à ce point déstabilisés par le référendum lancé par le comité « Pas au bord du lac » qu’ils en viennent à perdre tous leurs repères. Lausanne n’est pas une dictature, que diable ! Bien qu’occupant six sièges sur sept à la Municipalité, la coalition rouge-rose-verte n’a pas les pleins pouvoirs. Elle verra, le 30 novembre, ce que le peuple aura décidé. D’ici là, elle ferait bien d’user, pour ses projets, du mode conditionnel : le conditionnel imposé par les règles de la démocratie.

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21/10/2008

Dérapage au Conseil d'Etat

On sait que le Conseil d’Etat s’engage avec une énergie surprenante pour son projet de musée à Bellerive. Mais à l’UNIL, cet engagement dérape. La Faculté des lettres organise une « double conférence-débat » sur les enjeux du musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Orateurs : Mme Anne-Catherine Lyon, Conseillère d’Etat, M. Bernard Fibicher, directeur du Musée cantonal des Beaux-Arts, avec pour modérateur ( !) M. Philippe Kaenel, professeur d’histoire de l’art. Tous trois sont des partisans déclarés du projet de Bellerive. Belle conception du « débat » ! On ne saura pas qui, du Conseil d’Etat ou de la faculté des lettres, aura été l’initiateur de cette mascarade. Mais on peut s’étonner qu’un membre du Conseil d’Etat, autorité tutélaire de l’Université et garante de son autonomie, accepte de prendre part à un débat qui relève bien plus exactement d’un exercice de propagande, à quelques semaines d’une votation populaire sur l’objet discuté.
Il n’est jamais bon que l’Université soit agitée par des combats électoraux. Sans doute doit-elle s’enrichir de vraies disputes sur des sujets importants, mais de préférence à distance d’une votation populaire. Dans tous les cas, le Conseil d’Etat devrait faire preuve d’une grande prudence pour éviter toute pression sur des cadres universitaires qui, de fait, lui sont soumis hiérarchiquement.
Le dossier du Musée des Beaux-Arts fait apparaître au grand jour toutes les démarches dont l’autorité est capable lorsqu’elle entend faire passer en force un de ses projets contesté démocratiquement. Que l’Université accepte de participer au matraquage officiel est néanmoins surprenant. Le même Conseil d’Etat qui vient de doter l’Université de Lausanne d’une loi garantissant son autonomie devrait s’interdire de participer à la manœuvre. Nous savions que l’organisation de débats monocolores pour diffuser la propagande officielle au sein de l’université était pratiquée par les régimes totalitaires, tout particulièrement dans les domaines culturels. On se demande parfois ce qui reste de notre démocratie en terre vaudoise.

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11/10/2008

Jeunes sauvages

De 1994 à 2007, la proportion des délits violents pour 100'000 habitants a été multipliée par 5 ; et 68 % de ces délits violents, en 2007, ont été commis par des jeunes de 14 à 25 ans ! Voilà ce que révèle une récente enquête du SCRIS.
Beau succès pour des théories éducatives ou pédagogiques dominantes fondées sur l’épanouissement naturel de l’enfant. Et dans la ligne de Rousseau, beau succès pour tous ceux qui affirment que si la société ne dénaturait pas l’enfant, il serait bon et doux comme un agneau !
Il serait peut-être temps de changer de paradigme, et de voir la réalité comme elle l’est : l’enfant est naturellement égoïste ; il use de sa force pour satisfaire ses besoins ou ses caprices ; il convoite le bien d’autrui et n’hésite pas à se l’approprier, au besoin par la violence. C’est l’éducation, c’est-à-dire l’œuvre de la société, qui parvient à le détourner de ces comportements naturels : c’est la société qui le rend bon ! On peut même se hasarder à penser que les beaux gestes de générosité dont certains enfants sont capables ne sont que l’imitation d’exemples reçus de leurs parents ou d’autres adultes.
Ces jeunes violents, ce ne sont pas des enfants dénaturés par l’exemple de leurs parents, de la télévision, de la société. Ce sont simplement des jeunes abandonnés à l’état sauvage. Des jeunes qui n’ont pas reçu de leurs parents les repères moraux d’une éducation à la civilisation. Et des jeunes que l’école n’a pas su ou pas voulu « élever » au dessus de leur nature.
Parler de « culture » de la violence est une aberration : la violence n’est pas le fruit d’une culture, mais d’une absence de culture !
J’en veux pour preuve que l’on trouve ces jeunes sauvages dans toutes les catégories sociales, là où on n'a pas pu ou pas voulu domestiquer la nature. Dans les affaires, on parle de « requins », ce qui montre bien qu’on peut être à la fois riche et sauvage.
Pour prévenir la violence chez les jeunes, il convient, dès le berceau, de les faire échapper à leur nature. C’est moins angélique que le discours dominant. Mais c’est notre responsabilité d’adultes.

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