10/05/2009

Les médecins ignorent les coûts

Christophe Darbellay, si l’on en croit Le Matin Dimanche de ce jour, se demande s’il faut « débourser 50'000 fr. pour traiter un cancer lorsqu’il n’y a plus d’espoir ». La question qu’il pose serait intéressante si les médecins connaissaient le prix des traitements qu’ils prescrivent. Or ils n’en savent généralement à peu près rien. Dans la plupart des cas, le médecin n’a qu’une vague idée du prix des examens ou des traitements qu’il prescrit. Sans prendre aucun risque de me tromper, je suis prêt à affirmer que les médecins ne savent jamais combien coûte l’ordonnance qu’ils signent. Et lorsqu’un patient quitte un service universitaire, aucun des nombreux médecins qui se sont penchés sur son cas n’est capable d’estimer, même approximativement, ce que vont coûter chaque jour les huit ou vingt pilules que le malade va devoir avaler chaque jour.

On me dira que là n’est pas l’important : depuis le temps qu’on affirme que la santé n’a pas de prix, on finit par croire que la question ne se pose même pas. On peut pourtant être assuré que si le patient devait payer de sa poche tout ce qui lui est prescrit, il poserait des questions : est-ce vraiment nécessaire ? Pourrait-on commencer par essayer de s’en passer ? Existerait-il une autre possibilité d’atteindre le même but à moindre frais ? Et souvent, je l’affirme, la réponse serait positive. Souvent, tel examen pourrait être différé jusqu’à ce qu’il devienne soit inutile, soit incontournable ; souvent on pourrait se contenter de ne prendre qu’un seul des trois médicaments prescrits, et attendre de suivre l’évolution.

Les Facultés de médecine portent, à n’en pas douter, une lourde responsabilité dans le peu de place qu’elles accordent au coût des pratiques médicales enseignées. Les entreprises pharmaceutiques, de leur côté, parce qu’elles n’y ont aucun intérêt, ont fait disparaître du « Compendium » qu’elles distribuent généreusement au corps médical le prix des médicaments. Quant aux assureurs, le médecin doit les payer pour accéder à une vague connaissance statistique du coût engendré par sa propre pratique médicale.

Christophe Darbellay, en osant toucher à une question sensible, met en réalité le doigt sur un dsyfonctionnement grave de notre système de santé, auquel est imputable une large part de l’augmentation des coûts de la santé. Le médecin devrait, sans effort de recherche important, savoir, ne serait-ce que de façon approximative, combien ses prescriptions vont coûter. Pour en discuter avec ses patients, qui sont généralement beaucoup plus raisonnables que ne le croit M. Couchepin. Sans lui souhaiter aucun mal, on voudrait que le Conseiller fédéral doive un peu plus souvent recourir lui-même aux services de santé qu’il prétend administrer : peut-être commencerait-il à mettre le doigt au bon endroit ! 

21:38 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (17)

05/05/2009

Le capitalisme protège de la grippe

Le capitalisme serait en échec : tel semble l’avis unanime des observateurs à la suite de la crise financière que nous traversons. Jusqu’à certains ecclésiastiques : tout ce qui pense dans notre monde se croit désormais appelé à déclarer le capitalisme en échec.

Mais voilà qu’une autre crise mobilise l’opinion mondiale : la grippe AH1N1, dite à tort grippe « porcine ». Les frayeurs engendrées par l’épidémie s’apaisent dans une certitude : le Tamiflu ! Tel le serpent d’airain agité par Moïse, le Tamiflu semble offrir son rempart au danger de la grippe.

Et d’où vient ce remède miracle ? Du capitalisme précisément ! Ce n’est pas un régime communiste ou une république islamique qui offrent au monde un remède contre la grippe, mais bien des entreprises capitalistes, c’est-à-dire des entreprises fondées sur la  conjonction du travail et du capital ; des entreprises fondées sur les principes de la concurrence et de la recherche du profit. Dans un régime politique qui respecte la liberté de la recherche et protège la  commercialisation des brevets.

Vous connaissez la boutade : « Si vous pensez que l’argent ne fait pas le bonheur, essayez donc la misère ! » A ceux qui se réjouissent de penser que le capitalisme ne fait pas le bonheur, on suggérerait d’essayer autre chose de convaincant. D’ici là, notre monde continuera de demander au capitalisme de résoudre la plupart des défis scientifiques menaçant notre monde. Et par exemple de nous protéger de la grippe.