30/06/2009

Chaleur et médicaments

En période de grandes chaleurs, il faut adapter les traitements médicamenteux, c’est-à-dire, généralement, en réduire les doses. Ce message de prévention, pourtant simple, peine à être entendu. Probablement parce qu’il se heurte à des volontés contraires.

La tentation est grande d’accuser les entreprises pharmaceutiques, pour lesquelles les affaires sont bonnes lorsque la consommation augmente. Ce serait oublier que cette attitude n’est pas sans risque. Lorsque les choses tournent mal – par exemple un décès liés à un médicament surdosé – les conséquences judiciaires et économiques pour le fabriquant sont telles qu’il n’a certainement aucun intérêt à prendre ce risque.

La vérité est probablement ailleurs. La médecine cherche à devenir de plus en plus une activité « scientifique », fondée sur des « évidences », conduisant à des directives thérapeutiques précises. La tendance est à la normalisation stricte. Dans cette perspective, le patient est réduit à un certain nombre de paramètres que des procédures standardisées prétendent réguler.

Beaucoup y trouvent leur compte. Ceux qui édictent les directives et éprouvent ainsi le vertige du pouvoir. Les médecins qui les appliquent, qui se prémunissent ainsi de toute contestation ou procédure judiciaire. Certains patients, que cette apparence de rigueur scientifique rassure.

En affirmant qu’un traitement médicamenteux doit être adapté aux périodes de grande chaleur, c’est cet édifice monolithique qu’on ébranle. On admet que les directives doivent être adaptées à l’air du temps (au sens propre !), donc aux conditions individuelles ; on fait un pas en direction d’une médecine de la personne et on s’éloigne d’une médecine de la norme ; un pas en direction d’un art et non d’une technique scientifique. Un débat idéologique, en quelque sorte.

23/06/2009

Tu ne mutileras pas !

La commission des affaires juridiques du Conseil national (CAJ-N) veut donc autoriser les mutilations génitales féminines si la personne lésée est majeure et consentante. Mais qui donc effectuera cet acte ? A coup sûr, des médecins, seuls autorisés chez nous à effectuer des actes de nature chirurgicale, auxquels ces mutilations sont assimilées. Les autres gens ne sont pas autorisés à porter atteinte à l’intégrité corporelle d’autrui.

Or les membres du corps médical ne sont pas libres de tout faire. Ils doivent de façon générale respecter le serment d’Hippocrate : «Je m’abstiendrai de tout mal… ». On peut difficilement admettre qu’une mutilation puisse échapper à cette définition.

Ils doivent également bénéficier d’une formation professionnelle aux actes qu’ils accomplissent. Cette formation est généralement dispensée par les services universitaires. Imagine-t-on que des professeurs dispensent une formation à l’excision dans notre distingué CHUV ?

Il suffit de quelques secondes pour observer que la proposition de la CAJ-N n’est pas compatible avec l’ensemble de notre ordre juridique et social. Que des juristes osent créer une analogie entre la chirurgie esthétique et la pratique barbare de l’excision génitale indique une inquiétante perte de repère. Pour ma part, je préfère qu’après le 6e commandement « Tu ne tueras pas », on introduise un commandement 6bis : « Tu ne mutileras pas ». Les médecins le respectent déjà et les juristes gagneraient à observer qu'on ne peut pas importer dans une civilisation des éléments empruntés à une autre : on ne mélange pas le décalogue et la charia !

09/06/2009

Daniel Brélaz : une casquette de trop !

A la fois Syndic et président de la Caisse de pension de la Ville de Lausanne, Daniel Brélaz est doublement mis en accusation dans le scandale qui entache cette institution de prévoyance.

Car le découvert de cette caisse de pension est connu depuis longtemps, et les autorités lausannoises devaient prendre quelques mesures courageuses visant à son assainissement, comme l’a fait l’Etat de Vaud. Tout au contraire, elles ont laissé la situation s’aggraver au fil des ans.

Cet assainissement ne peut se faire qu’au détriment d’un des trois partenaires suivants ou de plusieurs d’entre eux :

1.     Les employés actuels, auxquels on demande de cotiser davantage pour une rente de même montant

2.     Les rentiers actuels, dont on réduit la rente

3.     Les contribuables, auxquels on demande de boucher les trous

 

Autant dire que l’assainissement de la Caisse de pension comportait, pour la gauche lausannoise au pouvoir, un risque électoral majeur qu’elle a préféré éviter.

La gestion d’une caisse de pension n’est pas une affaire politique, mais une affaire technique, comptable et actuaire. A sa tête, elle doit disposer d’un gestionnaire rigoureux, à l’abri des enjeux politiques. Par définition, ce n’est pas la place du Syndic. Daniel Brélaz n’a rien inventé : tous ses prédécesseurs se sont trouvés dans la même situation. Tous assument personnellement une responsabilité dans la débâcle actuelle. Si le bilan de la Caisse était équilibré, le dispositif aurait pu durer. Mais Daniel Brélaz, mesurant la gravité de la situation, aurait dû comprendre à temps qu’il devait se distancer de la caisse de pension pour mettre à sa tête un gestionnaire acharné à l'assainir et dépourvu de tout souci électoral.

Je ne suis pas choqué par le fait que Daniel Brélaz soit à la fois Syndic et Conseiller national. Mais sa casquette à la tête de la caisse de pension de la Ville de Lausanne est une casquette de trop !