01/06/2010

Commission d'enquête : poudre aux yeux

Faut-il ou non créer une commission d’enquête parlementaire (CEP) pour
traiter de l’affaire UBS ? Telle est la question qui divise nos députés
aux chambres fédérales et nos journalistes. A la suite du rapport fouillé et
semble-t-il assez sévère de la commission de gestion, on avance, pour justifier
une CEP, la volonté de mettre en lumière les réseaux tissés par UBS au sein du
parlement.

 

Et voilà la poudre aux yeux : la poudre aux yeux, c’est une projection
de petites poussières dans les yeux de l’adversaire pour l’aveugler. Et
pourquoi chercher-t-on à aveugler l’adversaire ? Pour l’empêcher de porter
son regard sur les choses importantes.

 

La question des réseaux tissés avec des parlementaires fédéraux est
déterminante pour le fonctionnement de notre démocratie. Mais ce n’est pas dans
le passé qu’il faut aller fouiller. Si ces réseaux ont provoqué des
dysfonctionnement institutionnels, le mal est fait. Ce sont d’autres réseaux
qu’il faudrait mettre en lumière, ces réseaux qui menacent l’avenir et non le
passé. Je vise en premier lieu les réseaux entretenus par SantéSuisse et les
caisses maladies qu’elle réunit. Je vise aussi les réseaux entretenus par les
entreprises pharmaceutiques. Autant SantéSuisse que les Pharmas ont un intérêt
direct à voir les coûts de la santé exploser sans contrôle. Quoi qu’ils disent.

 

Une CEP sur l’affaire UBS apparaît finalement comme une manœuvre destinée à
protéger d’autres réseaux, beaucoup plus dangereux pour l’avenir de notre
société…

 


 

10:34 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Cher Docteur, (cher dans tous les sens du terme)

Ben dites donc! Vous cachiez bien votre jeu!
J'ai des scrupules à vous avoir égratigné ici où là. Vos précédents billets n'étaient donc que de l'intox pour mieux cerner l'ennemi! Vous avez une réelle fibre de gauche, je dirais même une extrême...

Vous devez avoir quitté "Écologie Libérale" et adhéré à "la Gauche, die Alternative Linke, la Sinistra" lors de leur premier congrès à Lausanne le week-end dernier. Nous dire des trucs pareils!... On croirait lire du Jean Ziegler.

Mais vous qui êtes Docteur en médecine et qui avez commencé votre croisade contre les vilains de SantéSuisse et des Pharmas, vous devriez pouvoir nous en dire beaucoup plus!... Est-ce que, par exemple, le "Grand" Couchepin faisait partie de ce réseau tellement dangereux... et, plus important, nous dire qui sont les autres vendus encre au service de nos ennemis?

Vous dites aussi:
"Autant SantéSuisse que les Pharmas ont un intérêt direct à voir les coûts de la santé exploser sans contrôle."
Pensez-vous que, si ces coûts ne devaient exploser que sous contrôle, l'assuré LAMal en serait moins de sa poche?... Ne serait-il pas mieux que les coûts n'explosent pas du tout?... En diminuant, non seulement les tarifs des médicaments, mais aussi ceux de certains médicastres qui ne nous parlent que du prix des médicaments en jetant ainsi de la poudre aux yeux des patients qui, aveuglés, ne jettent aucun regard sur la facture du toubib?
Ce n'est qu'une question, c'est vous le spécialiste!

Je vous remercie à l'avance de votre prompte réponse.

Signé: Un im-patient, alias Père Siffleur ou encore J-Cl. Bouille.

Écrit par : Père Siffleur | 01/06/2010

@Père Siffleur : éternelle question de gauche ou de droite : c'est tellement reposant de s'appuyer sur des vieux schémas simplistes ! Je me détermine tout-à-fait clairement sur cette question : je ne reproche à aucune entreprise de recourir à des moyens divers pour développer sa prospérité. A la limite, si on devait aller jusqu'à de la corruption, je n'accuserais pas ceux qui tentent de corrompre, mais bien ceux qui cèdent ! Et s'il y a des corrompus parmi nos élus, le dénoncer n'est ni de gauche, ni de droite. Sans aller jusqu'à la corruption, certains élus ont aliéné leur liberté en acceptant d'être les salariés d'une entreprise ou d'un syndicat, ce qui n'a rien de bien répréhensible en soi et qui est autant l'apanage de la gauche et de la droite.

Écrit par : JA Haury | 01/06/2010

Monsieur Haury,

Je vous donne raison à propos des vieux shémas simplistes concernant la gauche et la droite... Il faudrait redéfinir ce qu'est la gauche! Ce n'est en tout cas pas les zozos qui se sont retrouvés à Lausanne pour le premier congrès de la Gauche et qui arboraient des brassards avec la faucille et le marteau en emblème!

Je vous donne raison parce que personne n'est plus réellement de gauche aujourd'hui. Qu'il ne s'agit plus que de la position géographique de certains parlementaires. Actuellement, les bancs de gauches devraient être déserts.
Pire, je me demande si vraiment, un jour, ces bancs de gauche méritaient, sauf rares exceptions, de porter les fesses des politiciens qui les occupaient, soit parce qu'ils s'étaient laissé tromper sans se poser de questions, soit parce qu'ils savaient et n'étaient plus que des hypocrites... qui nous disaient "... globalement positif"!

Écrit par : Père Siffleur | 01/06/2010

Cher collègue,
Même si nous avons usé en même temps les bancs de la même faculté, votre propos sur la liberté de corrompre me scandalise! Ce n'est pas l'organe infecté qu'il faut combattre, mais le germe responsable de l'infection. Si je peux excuser peut-être ceux qui se laissent corrompre par faiblesse, par intérêt, par manque de liberté, je trouve que la corruption active est simplement inacceptable sur le plan moral! C'est un comportement pervers, rien de plus.

Écrit par : PJR | 01/06/2010

@PJR:votre point de vue diverge du mien. Je regarde les choses du point de vue des institutions. Je considère que l'élu, qui prête serment (!), doit être particulièrement attentif à la conservation de sa liberté de décision. Son serment ne lui autorise justement pas "la faiblesse et l'intérêt". Vous avez raison de condamner la corruption active sur le plan moral. Mais elle peut prendre mille formes subtiles, et il est illusoire d'espérer qu'elle disparaisse complètement. Revenons à l'objet de mon blog. On ne réparera pas les dégats provoqués par l'affaire UBS. Et je persiste à penser que notre parlement consacrerait mieux son énergie à traquer les conflits d'intérêts qui perturbent son fonctionnement actuel et futur plutôt qu'à réécrire le passé.
S'agissant de votre image médicale, je pense qu'elle n'est pas exacte. L'essentiel de la lutte contre une infection est réalisée par l'organisme lui-même et ses moyens de défense. On doit parfois l'aider par un antibiotique affaiblissant l'agresseur, tout particulièrement lorsque l'organisme est privé de moyens de défense, comme dans le cas du HIV. Mais le médecin sait bien que c'est la force de résistance de l'agressé qui lui permet de survivre. Exactement ce qu'on doit tenter d'obtenir de l'organisme politique face aux tentatives de corruption.

Écrit par : JAHaury | 01/06/2010

Sont-ce les serpents du caducée qui sifflent sur nos têtes ? Pour vous accorder sur ce sujet, suivez la recette libérale-taoïste du "laisser faire/non agir (无为)": le système bancaire avait besoin de redimensionner son ego et, comme dans le cas des crues du Chang Jiang (Yangtse), la solution consistait à favoriser son écoulement en direction de la mer plutôt que de construire des digues trop faibles pour le contenir.

Écrit par : Rabbit | 02/06/2010

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