10/06/2010

Ridicule redistribution de la taxe CO2

Le produit de la taxe CO2 prélevée sur les combustibles fossiles devrait servir à assainir nos installations. Malheureusement, le système actuel prévoit qu’il soit redistribué à la population et aux entreprises. Ma caisse AVS vient de m’annoncer les montants qui me seront ristournés pour l’année 2008 : pour mon cabinet, dont la masse salariale était de 160'000.- en 2008, on va me rendre…CHF 202.- Et pour le salaire que je verse à notre femme de ménage privée, la ristourne est de…CHF 5.85 !!!

On sait, depuis longtemps, que ces taxes « incitatives » (la taxe CO2 devrait inciter à chauffer de façon plus économe) n’ont à peu près aucun effet, à moins d’être très élevées. Par exemple, les quelques francs dont on frappe chaque paquet de cigarettes n’ont eu aucun effet sur la consommation de tabac. Quant à des ristournes aussi dérisoires, elles prêtent presque à pleurer si on pense au travail administratif que leur redistribution entraine. Autant dire que le système en vigueur n’est qu’une chicane administrative, juste bonne à agacer les uns et les autres et à nuire à la cause – la limitation de la consommation des énergies fossiles – qu’elle prétend servir.

C’est au financement de l’assainissement des bâtiments que cette taxe devrait servir. Ou à alimenter les fonds de soutien aux investissement dans les énergies renouvelables. Lorsque la taxe CO2 sera prélevée sur les carburants, elle devrait être affectée à abaisser le prix des véhicules peu polluants. Etc.

Le principe d’une redistribution à la population du produit des taxes écologiques est une aberration : les montants réels en sont l’illustration, qui était hélas prévisible.

Commentaires

Pourquoi même ne pas utiliser directement cet argent pour faire baisser les coûts d'une énergie alternative plus propre... C'est très proche de votre idée, mais en cas d'accord sur une énergie pour tous, ça facilite considérablement la redistribution.

Dans mon blog, le sujet du jour, très proche je trouve dans sa conclusion:
http://motscroises.blog.24heures.ch/archive/2010/06/10/bp-encore-une-pollution-justifiable.html

Écrit par : mots croisés | 11/06/2010

Et on ne pense certainement pas au fait que ceux qui sont vraiment concernés par la répercussion de cette taxe, les locataires ou les petits propriétaires, n'ont souvent pas ou plus le choix.
Alors que ceux qui ont vraiment le choix, les constructeurs, propriétaires, gérances et autres industriels, eux sont soucieux de proposer dès le départ des coûts le plus bas possible (ou disons avec les marges les plus favorables).

On oublie toujours dans tous ces calculs que c'est rarement le pollueur qui est ennuyé par la pollution, mais ses voisins ou beaucoup plus tard leurs enfants. Et le moment venu, il pourra presque sincèrement s'écrier "Si j'avais su, si on m'avait dit!"

Donc la taxe, finalement c'est certainement une méthode comme une autre pour faire prendre conscience des problèmes. C'est hélas aussi la porte ouverte aux abus autorisés: "je paye, donc j'ai le droit de polluer".

De la même façon qu'on exige (ou exigeais ?) de toutes les nouvelles constructions, la réalisation d'un abri antiatomique (ou le paiement du coût relatif), on pourrait exiger un investissement dans la production d'une énergie plus propre. De cette façon, ça obligerait les constructeurs à faire des efforts dès le départ, et permettrait aussi aux communes de récolter des fonds pour proposer des solutions plus globales aux habitants (chauffage à distance, ou production d'électricité par le solaire, la géothermie, des éoliennes, ou toute autre méthode adaptée à l'endroit). Pour dire "ou vous investissez dès le départ, ou on va le faire pour vous plus tard, mais avec votre argent". Une idée donc aussi pour dépenser dès maintenant plus judicieusement cet argent récolté par ces taxes…

Écrit par : mots croisés | 11/06/2010

Il faut quand même préciser que la loi vaudoise sur l'énergie comporte une disposition obligeant, pour toute nouvelle construction, l'installation d'une production d'eau chaude sanitaire à partir des énergies renouvelables (solaire, pompe à chaleur essentiellement). Les standards d'isolation sont également élevés. Le problème se situe dans les constructions anciennes, dont l'assainissement énergétique est facultatif. Dans ces situations, une incitation financière venant des pouvoirs publics a un certain effet, contrairement au CHF 5.85 qu'on m'a généreusement ristourné...

Écrit par : JAHaury | 11/06/2010

Je ne vais pas dire, et même loin de là, que tout effort individuel n'est pas utile. Mais j'ai l'impression, même si un petit capteur solaire par-ci par-là ne peut nuire à personne, qu'il est plus judicieux de favoriser un effort collectif, plutôt qu'un effort individuel. Car si chacun peut avoir sa petite idée sur ce qu'il aimerait voir dans sa maison (pompe à chaleur, capteurs, etc), rares sont ceux capables de déterminer pour un endroit donné, quelles sont les solutions les plus judicieuses. Et multiplier les installations, chacun son petit capteur, sa petite pompe, etc, doit multiplier les problèmes et les coûts d'installations et d'entretien, sans possibilité d'optimiser l'utilisation. Toutes ces installations de production d'eau chaude que se mettent en marche à 5h du matin, tous les jours, été comme hiver, en présence ou même en absence des utilisateurs, que le besoin d'eau existe ou pas… J'ai l'impression qu'une production collective est plus adaptée, et moins source de gaspillage, et elle facilite aussi la reconversion des anciennes installations. Mais je suis certainement un rêveur… :-)

Écrit par : mots croisés | 11/06/2010

Peut-on dire que la taxe CO2 fait tourner l'usine à gaz ?
La différence entre ce qui est prélevé et ce qui est redistribué permet de rémunérer le personnel affecté à cette tâche et d'assurer les frais de gestion.

Écrit par : Rabbit | 16/06/2010

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