09/11/2010

L'instrument du Diable

Il y a des gens qui croient à l'existence du Diable. S'il existe, le chanvrier Bernard Rappaz pourrait bien en être l'instrument, probablement à son insu. Car le Diable, intitulé aussi le Diviseur, se reconnaît à la division qu'il insinue entre les humains. Le Diable cherche à dresser les uns contre les autres des gens que tout porterait à s'entendre.

Si l'on suit le débat que suscite la grève de la faim du chanvrier valaisan, on est frappé de voir à quel point elle sème la division entre de nombreux protagonistes qui n'en demandaient pas tant. Division entre autorités pénitentiaires et corps médical; division des médecins entre leur devoir d'assistance et leur devoir de respecter la volonté du patient; division entre autorités genevoises et valaisannes; division entre partisans et adversaires du cannabis; division entre éthiciens; division entre défenseurs des droits humains; division entre Madame et Monsieur Toutlemonde...

Et on peut prévoir que, quelle que soit l'issue, la division ne s'apaisera pas de si tôt : que Bernard Rappaz meurt ou soit réalimenté ne calmera pas les querelles. D'ailleurs, le Diable se moque cyniquement du sort personnel de ce malheureux Bernard Rappaz. Ce qui lui plait, c'est d'augmenter le degré de discorde dans le monde. Avec la grève de la faim du chanvrier, il a réussi son coup : on va l'entendre ricaner et se frotter les mains (ou les griffes) pendant longtemps, ce grand Malin !

Commentaires

Excellent, votre billet. Il montre parfaitement les limites de l'esprit chrétien. Les Orientaux sont plus dialectiques et nous apprennent que le Monde est fait de contradictions. Que le Bien des uns est le Mal des autres: pensez à cette pauvre nouille de Bush : parler de l'axe du Mal et envahir l'Irak pour lui voler son pétrole...
La Division dont vous parlez nous traverse depuis qu'il y a eu deux humains qui confrontent leur point de vue, et c'est le sens de la vie. Vous n'aurez plus de contradictions quand vous serez six pieds sous terre, c'est tout.
Sur le sujet lui-même, j'espère que vous n'aurez pas manqué le billet de Marc Bonnant dans le Matin Dimanche du 7/11, p.18...
PS. A propos du Matin, ne manquez pas la claque à Ada Marra, juste à côté...

Écrit par : Géo | 09/11/2010

Puisque j'en étais à la revue de presse, je ne résiste pas au plaisir de citer l'éditorial de Etienne Grisel, l'ancien professeur de droit constitutionnel de Lausanne, dans le Temps de hier 9/11 :
"...l'Etat assume la responsabilité de la santé des personnes détenues. Cette obligation s'étend naturellement à leur existence même, si bien que l'administration d'une prison doit tout mettre en oeuvre pour empêcher un prisonnier de se suicider, même s'il refuse de s'alimenter."

Voilà qui est pour le moins clair, n'est-ce pas ? Les juristes ayant l'habitude de livrer leurs sentences pompeuses à la tête du client, on se réjouit de voir si cette belle détermination sera appliquée à la manière de juger ce qu'il est advenu à Skander Vogt...

Écrit par : Géo | 10/11/2010

imites de l'esprit chrétien. Les Orientaux sont plus dialectiques et nous apprennent que le Monde est fait de contradictions. Que le Bien des uns est le Mal des autres: pensez à cette pauvre nouille de Bu

Écrit par : pandora charms 2010 | 10/11/2010

M.Haury, vous faîtes certainement référence à la diabolisation du cannabis pendant les années 30-40, financée dans le but de vendre du nylon, récemment inventé.

Bravo pour votre combat contre ces industries chimiques qui veulent nos fourguer leurs cochonneries alors qu'il existe des plantes naturelles qui ne nécessitent que peu de soins et permettent de fournir une palette impressionnante de produits aussi bien utiles qu'à usage médical.

Le monde se souviendra de vous comme d'un héros. Quelqu'un qui avait vu juste avant tout le monde et, quoiqu'on en dise, gardait le cap.

Encore merci, et bravo !

Écrit par : Fufus | 10/11/2010

"aussi bien utiles qu'à usage médical."
Ha ha ha...

Écrit par : Géo | 10/11/2010

@Géo ou un de ses dérivés

En effet, je considère l'usage récréatif comme utile et médical, étant donné que ça aide à se détendre.

Écrit par : Fufus | 11/11/2010

En 1972, nous lisions un livre de Carlos Castaneda dédicacé à l'émulation d'une saine jeunesse, intitulé: "L'Herbe du Diable et la petite fumée". Seuls sont coupables ceux qui n'ont pas changé d'aiguillage à temps.

Écrit par : Rabbit & Co. Ltd | 11/11/2010

Fufus@ Faut tout vous expliquer : "utile" serait-il contradictoire à "médical" ?
Cela dit, je n'ai rien d'absolu contre le chanvre et je connais vos théories, peut-être pas fausses (nylon vs chanvre). L'ennui, c'est qu'un de vos co-religionnaires me l'a servie sous la forme "alcool vs chanvre". Faudrait savoir...
Cela dit, je ne crois pas, pour ce qui est de l'alcool) que les "binge drinking" ou les "botellones" soient une avancée de la civilisation et je continue de penser que le mot haschichin a donné assassin. Vous avez lu "le Vieux de la montagne" de je ne sais plus quel auteur de la région de Trieste ? (Demandez à Inma pour plus de détails...)

Écrit par : Géo | 11/11/2010

Géo, les deux (nylon vs chanvre et alcool vs chanvre) sont valables mais pour des raisons différentes. En Suisse, il est clair que les viticulteurs et toute la filière verrais d'un mauvais oeil (de perdrix?) une légalisation du cannabis car ils y voient une concurrence.

Autrement je pense que le "binge drinking" a toujours existé, sauf qu'on avait pas trouvé de "belle" expression anglophone pour le nommer. Mais c'est peut-être plus fréquent actuellement car les perspectives des jeunes sont plus que jamais mauvaises.

Fort probable que "haschischin" ait donné "assassin". So what? Ça remonte au temps des croisades ces histoires. Et les sarrasins étaient-ils plus des assassins que les croisés ? L'origine des mots est souvent surprenante, mais c'est un argument qui ne tient pas la route.

Écrit par : Fufus | 12/11/2010

Il s'agit probablement d'"Alamut" de Vladimir Bartol, roman publié en 1938. Sous les aspects historique ou mythiques (le Vieux de la montagne est le grand maître d'une secte chiite que a l'intention de détruire l'empire des Turcs à l'aide de guerriers fanatiques préalablement drogués), l'auteur entendait dénoncer les mécanismes du fanatisme et de la manipulation, valables pour toutes les époques, et surtout pour la sienne où sous prétexte de "liberté", on faisait entrer les chevaux de Troie nazis et communistes.
Par ailleurs, en ce qui concerne la prétendue liberté de devenir malade, dépendant ou tout autre à l'aide de une quelconque substance, j'ai envie de poser deux questions.

-A-t-on le droit de devenir esclave de manière volontaire dans une société qui interdit explicitement l'esclavage?
-Ceux qui se disent libres de se droguer ne devraient-ils dégager la société de toute responsabilité concernant leurs problèmes futurs, c'est-à-dire, ne pas demander d'aide au système de santé ou ne pas se réclamer d'une quelconque "solidarité collective" quand cela les arrangerait?

Écrit par : Inma Abbet | 12/11/2010

Elle parle,pour elle ADA MARA,elle qui vient d Italie.Donc,elle sait comme c est agréable d être Suisse.

Écrit par : Rochat Georgette | 10/01/2011

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