11/11/2010

L'Internationale chantée à l'UNIL

Le 30 octobre dernier, au terme d'un congrès dominé par son aile gauche, le parti socialiste suisse a chanté l'Internationale dans les locaux de l'Université de Dorigny. On l'a bien entendu sur La Première de la RSR. A titre personnel, j'en ai été choqué. Non pas que le PS s'approprie l'hymne communiste : tout parti a le droit d'avoir sa liturgie et ses classiques, ce qui peut lui tenir lieu de ciment lorsqu'il se divise sur son programme.

Ce qui est choquant, c'est que les locaux de l'Université puissent abriter une manifestation pareillement politisée. Sous prétexte peut-être qu'il faut bien rentabiliser les vastes espaces à disposition. Dans cette logique purement financière, qui est aussi la logique de la putain, l'argent n'a pas d'odeur : utilisez les auditoires, pourvu que vous payiez !

Le problème, c'est que, justement, l'argent a une odeur ou un parfum : "Ce qui est odeur pour les uns est parfum pour les autres", disait un de nos vieux maîtres. Lorsque l'argent vient des socialistes, il est parfum. Mais lorsqu'il vient de l'UDC, il n'est plus qu'odeur.

Je suis plutôt soulagé d'apprendre que l'UDC n'ira pas à Dorigny : les congrès politique n'ont rien à voir avec la vie académique. Mais je suis choqué que l'UNIL ait ouvert ses portes au congrès du PS, un PS qui, sans aucune pudeur, a diffusé largement, via les ondes, les relents de son idéologie communiste. Et choqué aussi de voir que dans une université qui devrait être politiquement neutre, on s'agite contre un congrès UDC, mais on ne bronche pas lorsqu'il s'agit du PS. L'image de "nid de gauchistes" que l'UNIL donne d'elle-même dans cette affaire ne renforce pas sa crédibilité.

08:43 Publié dans Formation | Lien permanent | Commentaires (16)

Commentaires

Cher Jacques-André,

Je te savais plus érudit. "L'internationale" est un hymne autant socialiste que communiste qui date de la Commune de Paris, époque où socialistes et communistes ne s'étaient pas encore séparés (heureusement qu'ils l'ont fait, d'ailleurs). Il n'appartient ni à l'un, ni à l'autre et est chanté par d'autres organisations de gauche qui se sentiraient insultées d'être traitées de "communiste".
Je te connaissais en outre une culture politique plus pointue: je ne pensais pas que tu pusses confondre idéologie communiste et idéologie socialiste. Même si tu n'es d'accord ni avec l'une, ni avec l'autre, tu avoueras qu'il y a quand même quelques différences importantes.

Bien cordialement

Jean Christophe

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 11/11/2010

L'UNIL est vaste et ses chapelles nombreuses. Ce qui est toléré dans une faculté est impensable dans une autre. En 1976 par exemple, des personnages souhaitant diffuser les idées de gauche à la mode ces années-là, dans le bâtiment abritant la Faculté de Droit et H.E.C. (BFSH), installaient pour quelques jours des petits stands dans le hall central. Mais comme les étudiants passaient et repassaient à côté d'eux sans les voir, ils finissaient par déprimer et disparaître.

Écrit par : Rabbit | 11/11/2010

Comme dit ailleurs, c'est un peu "la new rafle idéologique" celle que les anciens ont connu sous une autre forme bien malheureusement.
Ces "têtes blondes" dites pensantes, sont de dignes héritiers de la peste brune qui a mis à feu et à sang l'Europe. Les prémices sont là et bien sûr cela arrange beaucoup de monde de se voiler la face! (je parle de votre parti qui fait tout également pour enfoncer l'UDC, car c'est la seule voie qui vous permettrait de reprendre le pouvoir et arrêter l'hémorragie de vos partisans)
Le résultat sera tout aussi terrible.
Et dire que j'étais fâchée quand mon grand-père, puis mon père ont dit......
"il faudrait une bonne guerre pour remettre de l'ordre"!
Dois-je arriver dans mes dernières années à reconnaitre qu'ils avaient raison sur ce seul point d'expression venant d'eux que j'ai toujours contesté ?

Écrit par : Corélande | 11/11/2010

Je suis d'accord avec vous, l'UNIL devrait être apolitique.
Où je ne vous suis plus, c'est de prétendre que c'est un "nid de gauchiste". Il ne faut pas exagérer, la manif réunissait une poignée d'étudiants. Les mettre donc tous dans le même panier est risible. Tout comme le choix de la direction de refuser le congrès UDC sous prétexte des "menaces" qui pèsent sur sa tenue et le matériel.
Même si je pense que la tenue d'un congrès UDC dans un lieu étudiantin est une insulte, tant les sympathisants UDC méprisent les universitaires, étudiants et profs, on ne peut pas accepter les socialistes et refuser les UDC.
Même si, d'un point de vue purement sécuritaire, les premiers posent moins de problèmes que les seconds. Il en va d'une question d'équité.
Maintenant, je dirais aux udc que l'on ne peut pas mépriser, insulter et choquer une partie non négligeable de la population, même si on en représente un peu moins du 30% (ce qui veut dire qu'on froisse régulièrement les 70% autre), et venir pleurer de se faire un peu secouer en contrepartie.

Écrit par : lefredo1978 | 11/11/2010

@JCSchwaab : OK pour le manque d'érudition. Pour tout dire, si "Debout, les damnés de la terre, debout les forçats de la faim" te paraît convenir au statut actuel de nos socialistes gauche-caviar, on ne va pas quereller sur les nuances.
Pour le reste, nous sommes tous d'accord : accueillir le congrès d'un parti politique au coeur d'une université publique nuit à la sérénité académique.

Écrit par : JAHaury | 11/11/2010

Et si l'Internationale avait été chantée afin de rétablir un certain équilibre.

D'un côté Mussolini, Docteur honoris causa de l'Uni de Lausanne et de l'autre l'Internationale chantée par des nostalgiques... de la Commune de Paris.

Simplement pour indiqué que l'Université n'a jamais été vraiment apolitique et que ce n'était pas toujours les "communistes" qui tenaient le haut du pavé (dans la mare).

Écrit par : Baptiste Kapp | 11/11/2010

La seule chose que l'on peut en conclure véritalbment c'est que l'extrême droite (la vraie, pas l'UDC) est bien plus ouverte est tolérante que l'êxtreme gauche. Preuve en est, l'extrême droite n'a rien fait pour empêcher la gauche de parler.

Loin de moins l'idée de prétendre qu'une extremité de l'aile vaut mieux que l'autre mais simplement de constater que la théorie sur l'ouverture et la tolérance de l'extrême gauche ne vaut pas un clou, en tous cas ce qui la concerne.

Écrit par : DdDnews | 11/11/2010

J'ai adoré votre texte. Maintenant, je vois que le congrès du PS n'a pas provoqué de déprédations ou autres actes destructeurs de la part des sympathisants de droite. Or, on va interdire le congrès de l'UDC par peur de débordements des gens de gauche ?? Bref, tout est dit.... la vérité est ailleurs....

Écrit par : Fox Mulder | 11/11/2010

Cher Monsieur, si l'on accepte des meetings de partis politiques à l'UNIL, à partir de quel moment une telle réunion qui a forcément une odeur devient-elle choquante? N'est-ce pas le principe même de 'organisation de meetings politiques à l'UNIL qui devrait être l'objet du débat? Je comprends que vous soyez choqués de voir chanter à l'UNIL l'hymne d'un régime qui a déporté des millions d'hommes et de femmes. Mais l'Internationale est à Satline ce que le libéralisme outrancier actuel est à Alexandre Vinet.

Ces paroles je les trouve belles et elles trouvent encore aujourd'jui leur pertinence : Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim !Pour vaincre la misère et l'ombre. Foule esclave, debout ! debout !C'est nous le droit, c'est nous le nombre :Nous qui n'étions rien, soyons tout.

A ceux qui n'ont rien, à ceux qui ne sont rien, à ceux qui sont sans voix, à ceux qui sans toit, quelqu'un d'autre il y a 2000 ans leur disait : En marche !

En marche ceux qui sont pauvres, le Royaume des Cieux est à eux.
En marche les affligés, ils seront consolés.
en marche les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés
En marche les persécutés pour la justice, le Royaume des Cieux est à eux.

(Ev Mathieu, ch 5 )

Écrit par : Antoine Delage | 11/11/2010

"Ces paroles je les trouve belles et elles trouvent encore aujourd'jui leur pertinence..."

Surtout quand elles sont prononcées par les huiles efflanquées du PS... :o)

Écrit par : Scipion | 11/11/2010

@Jacques-André Haury.

Toutes les paroles d'hymnes doivent être remises dans leur contexte historique. Le cantique Suisse me paraît par exemple empreint d'une nostalgie bucolique qui n'est à mon avis guère adaptée aux réalités modernes si on la prend à la lettre... mais cela ne m'empêche pas de le chanter avec plaisir! Et que dire du "sang impur" que la "Marseillaise" de nos voisins français souhaite voir "abreuver les sillons"...

Et puis, si l'on interprète "damnés de la terre" par "travailleurs précaires" et "forçats de la faim" par "travailleurs pauvres" l'actualité de "l'internationale" est flagrante, non?

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 12/11/2010

Que les salles publiques qui reçoivent des partis politiques pour des assemblées générales ou autres décident, ou tout les partis ou aucun.
@J-A.Haury : Si l'internationale vous choque a ce point, suggérez au PS "La Carmagnole" le "Ah ça ira tous les aristos à la lanterne etc..". :-)

Écrit par : graindesel | 13/11/2010

L'Internationale, Hymne magnifique qui transcende les frontières, les nationalismes, les fascismes, l'homophobie, la xénophobie, le racisme, la brutalité des guerres capitalistes.

Lorsque l'on se trouve dans un lieu dédié à la culture et au savoir, il est normal que l'on chante un hymne dédié à ceux-ci !

C'est quand même autre chose que ce refrain à la con entonné lors des luttes à la culotte.

Écrit par : CCCP | 21/12/2010

M. Haury, un bon coup d'Internationale a le mérite de changer un peu des hymnes au capitalisme triomphant que l'on entend chaque jour jusqu'à la nausée.

Le véritable drame est que cet hymne ne soit chanté que dans ce genre d'occasion ou presque ...

Écrit par : Alain Hubler | 01/01/2011

En même temps, le PS n'y peut rien s'il ne provoque pas par ses propos de la violence...L'UDC oui...C'est plutôt cela qui devrait vous faire méditer non? La violence de l'UDC qui appelle la violence. Parce que pour rappel, l'Université a dû décliner la demande de l'UDC, qu'elle avait accepté dans un premier temps, si mes souveniors sont bons, parce que il y avait eu des menaces de violence... Et pas par le parti socialiste, je vous le promets!

Écrit par : ada marra | 07/01/2011

"Le véritable drame est que cet hymne ne soit chanté que dans ce genre d'occasion ou presque ..."

Vous avez raison. C'est tellement kitsch que ça met en joie à chaque fois qu'on l'entends. Mon passage préféré, c'est la raison qui tonne en son cratère dès le premier couplet.

Et puis il y a le refrain :

"L'in-ter-na-tio-na-a-a-a-leeeuuu", est un autre grand moment :o)

Écrit par : Scipion | 07/01/2011

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