30/01/2011

Nucléaire : une énergie de vieux

Plus j’assiste aux querelles autour de l’énergie nucléaire, plus j’ai le sentiment que c’est l’opposition de deux états d’esprit, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec l’âge des protagonistes : ceux qui sont vieux dans leur tête, et ceux qui demeurent jeunes.

Ce qui fait vieux, ce sont les raisonnements construits sur le passé : puisqu’on a fait avec, jusqu’ici, pas de raison de s’en passer. Que les réserves d’uranium soient limitées, que la gestion des déchets ne soit toujours pas réglée, peu importe. Nos descendants règleront ces problèmes le moment venu : à chaque génération ses soucis ; dans l’immédiat, aucune raison de renoncer à nos habitudes. Vos économies d’énergie ? Trop compliqué, et vous ne voudriez pas que j’isole ma maison ou que je change de voiture, à mon âge ! Vos nouvelles énergies renouvelables ? Trop compliqué. Et puisque qu’il y a des experts pour affirmer que cela ne suffira pas, croyons les experts : si on commence à douter des experts, on ne sait plus où va le monde !

Du côté des jeunes, c’est-à-dire des esprits jeunes, il y a une volonté de se projeter dans l’avenir et de relever des défis. Puisque l’humanité devra sortir un jour des énergies fossiles et de l’uranium, empoignons le problème avec enthousiasme et imagination, dès aujourd’hui. Nous sommes entourés d’énergie : le soleil, le vent, la chaleur du sous-sol, l’eau qui dévale les pentes. Nos grandes centrales nucléaires seront à bout de souffle dans 30 ou 40 ans ? - Profitons de ce délai pour puiser à d’autres sources les énergies qui les remplaceront. Un défi, certes, un pari, aussi. Et des experts – pas les mêmes – disent que cela est possible.

C’est précisément ce goût pour les défis à relever qui enflamme les jeunes et ceux en conservent l’esprit.

Les choix politiques, avant de relever de querelles d’experts, sont d’abord l’expression d’un état d’esprit. Le débat nucléaire n’est pas un débat gauche-droite. Une récente enquête conduite par MIS-Trend sur la population neuchâteloise montre que partisans et opposants à l’atome se retrouvent à part égale dans tous les courants politiques. C’est qu’il y a partout des « vieux », c’est à dire des gens qui ont renoncé à naître.

25/01/2011

Les mauvais comptes de Daniel Brélaz

L’insouciance de Daniel Brélaz face à l’endettement de la Ville de Lausanne est incompatible avec le développement durable : reporter le fardeau sur les générations à venir et compter sur la croissance démographique pour résoudre les déséquilibres actuels sont vertement inadmissibles.

 

La dette lausannoise est de l’ordre de 2,4 milliards, en augmentation régulière chaque année. Pour la gauche, l’endettement public n’a jamais été un problème : il suffit de faire payer les riches. La situation de la Grèce, du Portugal et divers autres pays d’Europe montrent les limites de cette gestion publique, mais la gauche est cohérente avec elle-même.

 

Tout autre est la position des Verts. Ils fondent leur action sur le développement durable, lequel signifie un équilibre entre consommation et production, de manière à épargner les réserves et à ne pas hypothéquer les générations à venir. C’est vrai pour l’énergie comme pour toutes les ressources naturelles ; c’est vrai aussi pour les finances. De toute évidence, les Verts lausannois, à la remorque du parti socialiste, ne sont pas gênés par le grand écart qu’ils font à l’endroit de leurs principes. Les déclarations de Daniel Brélaz sur cet objet méritent commentaire.

 

1. « L’endettement n’est pas grave puisque les actifs couvrent la dette » : exactement la position que tiendrait un père de famille qui vivrait en hypothéquant jusqu’aux tuiles la maison familiale. Consommer le patrimoine familial pour parvenir à dépenser plus que ce qu’on gagne; les héritiers apprécieront cette manière de respecter les générations à venir

 

2. « Nous allons accueillir 6500 nouveaux habitants qui seront autant de contribuables supplémentaires » : la « croissance » devrait résoudre demain les problèmes que l’on crée aujourd’hui. Choquant, parce la croissance démographique représente de fait la plus grande menace sur les ressources de la planète, à commencer par le sol lui-même. Choquant aussi parce que les dépenses publiques générées par la croissance démographie (transports publics, routes, écoles, hôpitaux) consomment régulièrement tout ce qu’on avait cru gagner par l’arrivée de contribuables supplémentaires. Un mathématicien ne peut faire mine de l’ignorer

3. « La modernisation de la Ville passe avant l’équilibre financier » : comme si chaque économie devait être prise sur les investissements. C’est pourtant l’explosion des charges administratives et des charges de personnel qui constitue l’essentiel du déséquilibre financier de la Ville. Mais c’est un sujet tabou : quand on a, en dix ans, engagé 1000 employés supplémentaires, on ne se hasarde pas à admettre que c’est le cœur du problème…

 

A l’évidence, la façon dont le « Géant vert » gère les finances lausannoises a quelque chose de gigantesque, mais pas grand chose de vert.

07/01/2011

Le cadeau d'Ada Marra à l'UDC

Faciliter la naturalisation des étrangers de la troisième génération : en dépit du refus populaire, la socialiste Ada Marra repart au combat. Un combat dont la Suisse se passerait bien.

On voudrait que les socialistes – s’ils sont capables de se remettre en question – comprennent que les succès de l’UDC sont surtout l’expression d’un refus de l’égalitarisme défendu par la gauche. Dans un pays de tradition chrétienne, les Suisses ont refusé de mettre sur pied d’égalité l’Islam et leur culture historique. Et lorsque des étrangers commettent des délits, les Suisses rappellent à ceux qui ne sont pas de chez nous qu’ils ont à respecter nos lois. Le peuple suisse n’est pas perméable à l’indifférenciation que tente d’imposer la gauche. C’est comme ça, il faut en prendre acte : notre démocratie directe permet l’expression d’un sentiment populaire qui serait à coup sûr encore bien plus net dans d’autres pays si le peuple pouvait s’exprimer.

Une gauche intelligente en tirerait des conclusions. Elle remettrait en cause son goût pour le multiculturalisme ; elle cesserait de relativiser les valeurs qui font l’identité de notre pays ; elle oserait admettre que seule l’assimilation des étrangers permet leur intégration.

La nationalité suisse est réglée par le droit du sang, et non pas le droit du sol. Il ne suffit pas d’être né en Suisse, ni même d’avoir un père né en Suisse, pour obtenir la nationalité suisse. Dans ce cas, il est possible de demander à être naturalisé, au terme d’une procédure devenue gratuite, mais nécessitant qu’on fasse la preuve de son intégration. Pour Ada Marra, cette exigence est excessive. A la troisième génération, le simple fait de présenter une demande devrait suffire, la preuve de l’intégration n’étant plus demandée. Elle n’a donc rien compris, elle qui, issue de l’immigration, a bien pourtant bien dû se soumettre à cette exigence. Elle n’a pas compris non plus que le « droit à » implique, dans notre tradition helvétique, un « devoir de ».

La politique ne consiste pas à répéter inlassablement les mêmes affirmations dans l’idée que, à l’usure, elles s’imposeront : elle consiste à entendre le message donné par la population et à s’y adapter. Visiblement, les Suisses ont une certaine perception de leur identité, façonnée par l’histoire, et ils y tiennent. A chaque fois que la gauche tentera de s’y opposer, elle renforcera le réflexe identitaire, si bien exploité par l’UDC. Si les socialistes veulent augmenter, pour des ressortissants étrangers, leur chance de devenir des Suisses à part entière, c’est en les encourageant à une assimilation complète qu’elle doit les inviter.

La Suisse n’a rien à gagner à ce nouveau combat contre notre procédure de naturalisation ; les socialistes non plus. Mais l’UDC, qui n’en demandait pas tant, doit se frotter les mains.

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