19/09/2011

Affaire UBS : le dogme de la croissance continuera à frapper

Aussi longtemps que les économistes confondront la prospérité et la croissance, nos banques seront exposées aux affaires qui minent leur équilibre et leur réputation.

Pour un esprit scientifique, il est évident que, dans un espace fini, la croissance d’un élément ne peut se faire qu’au détriment des autres, et qu’une croissance infinie est impossible. Dans le monde économique, qui a beaucoup d’analogies avec les lois de la thermodynamique, on continue pourtant à considérer qu’il n’y a pas de prospérité sans croissance. C’est un dogme. Une entreprise prospère, mais dont le bénéfice ne s’accroît pas d’année en année, est boudée par la bourse.

Cette culture de la croissance infinie a pour effet direct que, dans une banque, seul l’employé dont les « performances » sont croissantes est honoré. Lorsque l’économie réelle ne parvient pas atteindre les objectifs de croissance définis par les milieux financiers, les banquiers inventent d’autres moyens. A la croissance réelle, qui est la « dérivée » première de la prospérité, on ajoute d’autres produits dérivés, de plus en plus artificiels, que plus personne ne comprend vraiment, mais qui offrent pour eux-mêmes des « perspectives de croissance » prometteuses. Dans ce contexte, il est inévitable que quelques traders en viennent à prendre des risques insensés, qui finissent, comme le jeu de l’avion, à des déroutes majeures.

Je ne suis ni économiste ni banquier : simplement un individu qui contemple le monde. Dans l’économie réelle, il n’y a pas de croissance infinie. La croissance se fait toujours au détriment d’un concurrent ou par la consommation de réserves (notamment énergétiques). Il est probable que, lorsqu’une entreprise est devenue « too big to fail », elle est aussi devenue « too big to grow » : qu’elle a atteint un état d’équilibre qu’elle devrait s’employer à stabiliser.

Que tous ceux qui, à droite comme à gauche, s’indignent du dernier scandale UBS et proposent des solutions définitives s’interrogent sur leur propre positionnement face au dogme de la croissance.

20:42 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Vraiment un excellent billet. Tout est dit, rien n'a rajouter. Merci.
Je vous souhaite de très très nombreuses voix aux prochaines élections. En tous les cas vous avez la mienne.

PS
Le billet de Pierre-Marcel Favre dans le Matin Dimanche de ce week-end, était pas mal non plus.

Écrit par : petard | 19/09/2011

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