02/03/2012

A la Cathédrale, Sœur Marguerite parlait de Dieu !

L’EERV (Eglise Evangélique Réformée du canton de Vaud)) a donc décidé de renvoyer à Saint-Loup Sœur Marguerite, cette diaconesse qui exerçait une forme de permanence protestante à la Cathédrale de Lausanne. Monsieur Xavier Paillard, vice-président du Conseil synodal de l’EERV, a tenté de justifier la suppression de ce poste en affirmant que « cette fonction, à la longue, était plus dévolue à des tâches d’accueil et d’intendance qu’à des tâches de spiritualité, des tâches qui incombent à la commune ». Et les comptables de l’EERV ont tranché : Sœur Marguerite est renvoyée, mais un culte marquera la fin de son ministère le 31 mai (on sait mettre les formes, en Eglise, voyons !).

Remarquons d’abord que si l’EERV veut économiser sur toutes les tâches « qui incombent à la commune », elle a de belles perspectives d’économie. A commencer par son soutien au Centre social protestant : depuis que nos collectivités publiques ont pris en charge l’aide aux plus défavorisés, on peut légitimement se demander quel surcroît de « spiritualité » cette organisation apporte en comparaison des services sociaux de la commune… Quant aux « ministères de rue », il semble aussi que la Ville y engage passablement de travailleurs sociaux. On le voit, les pistes d'économie ne manquent pas.

Ce qui est plus grave, c’est que la froideur administrative puisse à ce point occulter la portée d’une présence permanente dans les murs de la Cathédrale. Jean Giono a écrit : “Parler avec l’accent, c’est parler de son pays, un peu, chaque fois que l’on parle d’autre chose”. Ainsi était-il de Soeur Marguerite : vous entriez dans la Cathédrale, elle était là, elle vous vendait une carte postale, elle vous ouvrait l’escalier qui monte à la Tour, elle vous donnait un prospectus ; mais en tout cela, elle vous parlait de Dieu, parce que, sous sa robe de diaconesse, elle avait « l’accent de Dieu ».

Le Conseil synodal aurait pu évoquer des motifs confessionnels : pour les protestants, Dieu n’est pas enfermé dans un temple, fût-ce la Cathédrale; il doit être célébré en tout lieu. Au contraire de leurs frères catholiques, les protestants affirment que l’édifice n’est pas sacré, et la présence divine n’a pas à y être “incarnée”, même par une diaconesse. Mais ce ne sont pas ces hautes réflexions théologiques qui motivent le Conseil synodal. Simplement les petits calculs de gestionnaires matérialistes.

On peut toutefois rêver : puisque la Cathédrale est désormais ouverte à toutes les confessions chrétiennes, nos frères catholiques pourraient proposer une sœur catholique pour remplacer la diaconesse mise à pied…

Commentaires

En tous points d'accord avec vous, même que je me demande parfois où sont passés les sentiments chrétiens de ce Conseil synodal.

Seul petit bémol : Rendons à César.....

Avoir l'accent, enfin, c'est chaque fois qu'on cause
Parler de son pays en parlant d'autre chose

La citation que vous attribuez à Jean Giono n'est pas de lui mais est tirée du poème "L'ACCENT", de Miguel Zamacoïs, journaliste, écrivain et poète français (1866 /1955), poème enregistré en son temps par Fernandel. Une de ses oeuvres les plus sympathiques est un recueil de poèmes intitulé "L'ARCHE DE NOE" décrivant les animaux de façon magistralement drôle. La pie, la vache, les perroquets, par exemple, sont des exemples magnifiques de drôlerie, appris dans mon jeune temps en prim' sup', ce fleuron disparu de l'école vaudoise.

Écrit par : gamine | 03/03/2012

Sœur Marguerite, elle est un souffle et une présence bien humaine de spiritualité, j'en ai fait l'expérience et, de temps en temps, je partageais la prière de sa petite communauté de diaconesses à Lausanne, là où elle habite. Son absence, ce sera un vide pour les gens, de Lausanne et bien plus loin qui venaient en cette cathédrale. Je ne suis plus à Lausanne (je suis à Bulle) mais j'irai retrouver Sœur Marguerite dans le belle et vivante Maisonnée des Diaconesses à Saint Loup. Non, je ne crois pas qu'une Sœur catholique continuerait la mission de Sœur Marguerite. Qu'on soit protestant, ou catholique, l'ouvrier mérite son salaire, si modeste soit-il! Mais les institutions sont parfois pingres lorsqu'il s'agit de l'engagement inestimable des sœurs! A Romainmôtier où une communauté œcuménique existait, il n'y a plus de sœurs catholiques et c'est dommage et je doute que ce fut la décision des sœurs, ce départ! C'est plutôt une question de valeurs et de priorité de la part des institutions.

Écrit par : cmj | 04/03/2012

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