20/12/2013

Divorce vert’libéral autour d’un mariage

Nombreux sont les Vert’libéraux vaudois qui ont été choqués par l’initiative parlementaire proposant le « mariage pour tous ». Si cette proposition n’a évidemment rien de « vert », on peut en outre se demander de quel « libéralisme » il s’agit.

Les Vert’libéraux sont nés de la rencontre entre deux courants d’origine très différente : d’un côté des Libéraux devenus verts, et de l’autre des Verts devenus libéraux.

Pour les libéraux devenus verts auxquels j’appartiens, la préoccupation du développement durable est une morale. Elle s’inscrit dans la perspective historique du libéralisme, né dans les pays protestants. Ce libéralisme s’oppose à la domination du clergé ou de l’Etat et confie à l’individu la responsabilité de s’engager pour le bien de la communauté, en réponse à sa vocation divine.  Se sentant responsables de la Terre qu’ils légueront aux générations à venir, ces libéraux ont ajouté à leur engagement moral une dimension écologique : ils sont devenus vert’libéraux.

Les Verts devenus libéraux ont emprunté un chemin différent. Observant que les Verts tentent d’atteindre leurs objectifs de développement durable en augmentant les interventions de l’Etat au risque de paralyser l’économie, ils ont choisi de faire confiance aux mécanismes du marché et ainsi de libéraliser leur engagement écologique. Mais avec une conception amorale du libéralisme, pour laquelle doit être permis tout ce qui ne nuit pas aux autres. Pour eux, il n’y a pas de raison de faire une différence entre les mariages, qu’il s’agisse d’unir deux hommes, deux femmes, ou un homme et une femme. Cessons de discriminer des modes de vie qui relèvent de choix individuels !

Disons-le tout net : mélange d’égoïsme et d’hédonisme, ce libéralisme amoral est haïssable !

Nous revendiquons un libéralisme qui fasse la différence entre ce qui ne nuit pas et ce qui est profitable aux autres. Nous nous autorisons à privilégier les modes de vie qui bénéficient à la société, car ils en constituent le ciment. Et, s’agissant de l’union entre deux individus, nous nous autorisons à privilégier, à « discriminer » l’union entre un homme et une femme, car seule cette union contribue au renouvellement des générations. Réduire le mariage à un mode de vie entre deux individus, c’est lui enlever précisément toute dimension morale, c’est nier sa dimension sociale.

Les libéraux qui réduisent l’économie à des rendements financiers, au mépris du rôle social de l’entreprise, font une démarche de même nature.

En lançant dans la précipitation leur initiative parlementaire en faveur du mariage pour tous, les élus vert’libéraux aux Chambres fédérales, nouvellement venus au libéralisme, devraient être prudents : les modes de vie profitables à la société sont aussi ceux que réclame la défense de l’environnement.   

(publié dans 24 Heures du 20.12.13, rubrique "l'Invité")