01/04/2020

L'épidémie, la gauche et la droite

Passée une brève période de cohésion de tous les bords politiques autour des mesures prises par le Conseil fédéral pour freiner l'épidémie du Covid-19, des lignes de fracture apparaissent. Ce qui n'est pas étonnant.

Pour les esprits superficiels, on aurait dans un camp les gentils, ceux qui font passer la santé avant tout, et dans l'autre les méchants, ceux qui se soucient de l'économie. Mais les choses ne sont pas si simples. Une crise économique tue, elle aussi. Dans Le Temps du 26.5.2016 on pouvait lire que la crise de 2008 aurait fait 500'000 morts dans le monde...

On nous répondra qu'il "suffit" que les pouvoirs publics engagent des fonds - il serait question de 100 milliards pour notre pays - pour régler les conséquences économiques de la crise du Corona. Comme si tout était une question d'argent. Et c'est là qu'apparaît la ligne de fracture.

Il y a, dans notre société, une partie de gens qui sont des "rentiers", c'est-à-dire des gens qui, quel que soit leur âge, se soucient principalement de savoir combien d'argent leur parviendra à la fin du mois. Quelle qu'en soit l'origine. Et du moment que leurs rentes sont assurées (qu'il s'agisse d'un salaire fixe ou d'une pension ou d'une autre indemnité) pour ces gens, rien n'est trop beau pour protéger la santé, dussions-nous être tous enfermés pendant trois ou six mois. "La santé avant tout". Et c'est ainsi que résonnent nos dirigeants socialistes ou nos responsables syndicaux.

Mais il y a tous les autres, ceux qui vivent dans la logique du "mérite", c'est-à-dire qui considèrent que leur revenu doit être le fruit de leur travail. On les trouve dans toutes les classes sociales, dans toutes les professions, dans toutes les relations contractuelles. Ce sont des gens qui considèrent que leur revenu est "mérité" en échange de leur travail et de leur contribution à la marche de la société. Ces gens-là, et ils sont nombreux, veulent pouvoir travailler, c'est-à-dire que leur équilibre, leur bonheur et leur santé réside dans cet échange entre ce qu'ils donnent et ce qu'ils reçoivent. A tous ces gens, les milliards de la Confédération peuvent apporter une aide passagère, mais ce n'est pas, fondamentalement, ce qu'ils demandent. Croit-on qu'un paysan peut voir sans souffrance sa récolte anéantie et invendable simplement du fait que la Confédération va l'indemniser ? Ces gens-là n'attendent pas l'aide socialiste, mais celle d'élus de droite qui leur permettront de se remettre au travail.

Il n'est pas très étonnant qu'un fossé se creuse entre les alémaniques, plus proches de la culture du mérite, et les romands, bercés d'illusions socialistes. Parce que cette crise fait bien apparaître deux attitudes fondamentalement opposées face à la vie : les uns tendent la main, les autres veulent s'en servir.

Cessons de prétendre que la distinction entre la gauche et la droite est un archaïsme. Ce sont deux façons fondamentalement différentes de voir le monde, et la crise actuelle les fait progressivement apparaître de façon démonstrative.

Commentaires

Merci M. Haury. Cela fait un grand bien de lire vos mots si sensés et finalement si simples.
Je travaille moi aussi dans la santé, dans un domaine (dentaire) qui a vu suite à l'ordonnance de l'OFSP son activité réduite de pratiquement 98%. Au delà des conséquences économiques évidentes, il y a cet état d'esprit que vous décrivez: nous ne voulons pas rester l'arme au pied face au désert des Tartares. Nous ne voulons pas dépendre d'un soutien étatique (à ce jour absent) mais nous aider nous mêmes, et nos patients avec nous. Avec toute la sécurité requise, pour les patients et nous. Nous ne sommes pas des rentiers!

Écrit par : Olivier Marmy | 08/04/2020

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