07/10/2021

Enseignement privé, OUI ; à domicile NON

Au mot « privé », les cheveux se dressent sur les têtes communistes. Mais l’avant-projet de loi sur l’enseignement privé, que Mme Cesla Amarelle a présenté au nom du Conseil d’Etat, devrait alerter même des gens de gauche.

Parlons d’abord de l’enseignement à domicile. C’est une pratique archaïque, qui remonte au temps des précepteurs engagés par des familles fortunées. Actuellement, il est dispensé à environ 800 enfants dans le Canton de Vaud, essentiellement dans des milieux fondamentalistes. Ces enfants sont abandonnés à l’endoctrinement de parents qui veulent à tout prix les protéger des contaminations idéologiques de la société contemporaine. Ils échappent ainsi à toute la socialisation qu’apporte la rencontre, dans une classe, avec d’autres enfants, reflétant la société telle qu’elle est, et avec laquelle, plus grands, ils devront bien cohabiter. Disons-le clairement : l’enseignement à domicile n’apporte aucune valeur ajoutée. La bonne décision serait d’en supprimer le principe, laissant aux parents le choix entre l’école publique et l’enseignement privé.

Au lieu de ce choix clair, Mme Amarelle préfère maintenir l’enseignement à domicile, mais le contrôler. Contrôler la société, contrôler l’intimité des familles : telle est la vraie ambition d’un système totalitaire.

Au passage, Mme Amarelle veut étendre le contrôle de ses services sur les écoles privées.

Sait-elle seulement comment fonctionne une école privée, laquelle doit rendre des comptes aux parents qui financent l’écolage de leur enfant ? Et qui a une réputation à défendre. Vous pensez qu’un directeur va engager à la légère un enseignant incompétent, ou poursuivi pour des affaires de mœurs ? Dans le privé, le téléphone fonctionne, et on n’engage pas un collaborateur sans se renseigner sur ses antécédents : pas besoin du contrôle du Département.

Le plus révélateur, dans ce projet, se trouve à l’article 7 : « Le service peut requérir en tout temps tout renseignement et tout document qu’il juge utile. » Stasi ou Gestapo ? en tout cas le langage d’une dictature.

Le libéralisme se caractérise par la confiance, le socialisme par la méfiance. Et cette méfiance s’exprime par la prétention à tout contrôler.

L’avant-projet de Loi sur l’enseignement privé est l’expression de la méfiance à l’endroit du privé. On devrait se contenter de lui fixer des objectifs et les vérifier (examens). On préfère contrôler.

Qu’on ait le courage de renoncer à l’enseignement à domicile, en passant par une modification de la Constitution soumise aux électeurs. Ce sera clair.

Mais de grâce : mettons un frein à l’ambition du contrôle permanent des citoyens et des institutions privées. Plutôt que des citoyens bien contrôlés, nous préférons des citoyens bien formés. Pour atteindre cet objectif, chacun sait, même à gauche, que les écoles privées constituent un complément utile et parfois nécessaire à l’enseignement public.

 (Publié dans la rubrique "Opinion" de 24 Heures, 7.10.21)

Commentaires

Rappelez-vous, vous le dites vous-mêmes : les dictatures se reconnaissent au fait que les autorités restreignent les libertés individuelles sur la base d’informations qu’elles contrôlent strictement.

La liberté d'instruire soi-même ses enfants est un droit naturel qui ne devrait pas être restreint par la volonté du parti vert-libéral de contrer les socialistes. Dans ces deux partis au moins, vous vous forgez une conception de l'instruction à domicile qui ne représente pas la réalité, mais est établie sur la base de préjugés erronés.

Je vous invite à rencontrer quelques familles de l'association IEL/IEF Vaud, pour vous en rendre compte : beaucoup d'amour, beaucoup de légèreté, beaucoup de d'efficacité et beaucoup d'aisance relationnelle.

Même les entreprises reconnaissent la qualité de leurs employés qui ont vécu l'expérience d'être instruits par leurs parents : autonomie de la pensée plutôt que conformisme à un vieux système, créativité plutôt que immobilisme mental.

L'instruction en famille ou à domicile représente plutôt une démarche avant-gardiste qui tend à être de plus en plus reconnue, au moins comme complémentaire d'un système qui s'alourdit et peine à retrouver le souffle d'une véritable évolution qui profite à tous.

Écrit par : Pierre B. | 12/10/2021

Beaucoup de dogmes et de perceptions stéréotypées et je passe les raccourcis mentaux libéralisme/confiance et socialisme/méfiance qui me rendent bien triste à la lecture de votre billet d'humeur.

Je me demande combien de familles pratiquant l'enseignement à domicile vous connaissez ? Ou sur quels documents ou études vous êtes vous basez pour classer l'essentiel des familles sous l'appellation de "fondamentaliste" ?

Après une carrière et une formation comme la votre, je m'attendais à une argumentation un peu plus solide, fondée et fouillée.

La socialisation est une construction un peu plus complexe et subtile que des rencontres en classe ou dans leur périphérie. L'humanité est sociable depuis bien plus longtemps que l'école n'existe. Et la socialisation reste une véritable défi même dans le cadre scolaire.

L'enseignement à domicile est bien le reliquat législatif d'une aristocratie qui pouvait se permettre l'engagement d'un ou de plusieurs précepteurs. Aujourd'hui, je ne connais pas personnellement de famille de ce type et leur profil à bien changé.

Nous pratiquons ce mode d'enseignement depuis des années. Ce choix nous permet d'explorer beaucoup d'opportunités qui ne sont pas couvertes par les écoles traditionnelles, qu'elles soient publics ou privées. Passer plus de temps en nature (un argument qui devrait toucher votre côté vert), laisser les enfants porter des projets, apprendre d'eux, prendre le temps, respecter les rythmes... C'est un engagement fort des parents qui demandent beaucoup d'investissements et d'efforts, si l'instruction n'est pas déléguée à un précepteurs. Une grande partie des familles sont en réseau, elles collaborent, s'entraident et échangent. Des activités qui me semblent importantes et saines dans une société démocratique. La teneur de votre billet n'est pas respectueuse de l'engagement de ces familles.

Je partage avec vous, l'impression que ce texte est peut être motivé par la méfiance. Les stéréotypes et une rhétorique dogmatique ne font que nourrir la méfiance.

Si vous souhaitez venir partager un café ou un thé et découvrir un peu notre réalité, nous vous recevrons avec plaisir.

Écrit par : Dominique F. | 13/10/2021

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