03/11/2009

Les pharmas ignorent la crise...

Prospérité de l’industrie pharmaceutique défiant la crise, d'une part, explosion des primes d’assurance maladie, d'autre part : et si ces phénomènes étaient liés ?

Dans l’évolution des coûts de la santé, les entreprises pharmaceutiques parviennent très habilement à paraître innocentes. Tout comme d’autres industries actives dans le secteur médical.

Bien sûr, la recherche effectuée par les entreprises leur permet de développer de nouvelles substances et de nouveaux produits profitables à notre santé. Mais ces nouveaux médicaments ne visent souvent qu’à remplacer des substances plus anciennes, en apportant de faibles avantages réels pour le patient, mais dont les prix sont nettement plus élevés. Par ailleurs, ces entreprises pharmaceutiques soutiennent de nombreuses études réalisées dans les universités, qui tendent presque toujours à recommander un traitement plus précoce et de plus longue durée. Raccourcir le traitement, l’interrompre ? Curieusement, les chercheurs ne sont pas très engagés sur ce terrain peu lucratif…

Un autre secteur contribue à l’accroissement des coûts : ce sont toutes les mesures prises au nom de la prévention des infections nosocomiales, c’est-à-dire attrapées lors d’un traitement hospitalier : les nouvelles exigences en matière de stérilisation et de matériel à usage unique font évidemment le beurre des entreprises qui produisent le coûteux matériel répondant à ces exigences.

Comment s’opèrent les liens entre l’industrie pharmaceutique et paramédicale, d’une part, le système de soins et les coûts de la santé, d’autre part : je ne suis pas capable de le dire. Comme d’autres, j’ai quelques hypothèses.

Ce qui m’étonne, c’est que les mêmes commentateurs puissent se réjouir de la prospérité de nos entreprises pharmaceutiques et s’inquiéter de l’explosion des coûts de la santé : ces deux phénomènes sont liés !

11:06 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (8)

10/05/2009

Les médecins ignorent les coûts

Christophe Darbellay, si l’on en croit Le Matin Dimanche de ce jour, se demande s’il faut « débourser 50'000 fr. pour traiter un cancer lorsqu’il n’y a plus d’espoir ». La question qu’il pose serait intéressante si les médecins connaissaient le prix des traitements qu’ils prescrivent. Or ils n’en savent généralement à peu près rien. Dans la plupart des cas, le médecin n’a qu’une vague idée du prix des examens ou des traitements qu’il prescrit. Sans prendre aucun risque de me tromper, je suis prêt à affirmer que les médecins ne savent jamais combien coûte l’ordonnance qu’ils signent. Et lorsqu’un patient quitte un service universitaire, aucun des nombreux médecins qui se sont penchés sur son cas n’est capable d’estimer, même approximativement, ce que vont coûter chaque jour les huit ou vingt pilules que le malade va devoir avaler chaque jour.

On me dira que là n’est pas l’important : depuis le temps qu’on affirme que la santé n’a pas de prix, on finit par croire que la question ne se pose même pas. On peut pourtant être assuré que si le patient devait payer de sa poche tout ce qui lui est prescrit, il poserait des questions : est-ce vraiment nécessaire ? Pourrait-on commencer par essayer de s’en passer ? Existerait-il une autre possibilité d’atteindre le même but à moindre frais ? Et souvent, je l’affirme, la réponse serait positive. Souvent, tel examen pourrait être différé jusqu’à ce qu’il devienne soit inutile, soit incontournable ; souvent on pourrait se contenter de ne prendre qu’un seul des trois médicaments prescrits, et attendre de suivre l’évolution.

Les Facultés de médecine portent, à n’en pas douter, une lourde responsabilité dans le peu de place qu’elles accordent au coût des pratiques médicales enseignées. Les entreprises pharmaceutiques, de leur côté, parce qu’elles n’y ont aucun intérêt, ont fait disparaître du « Compendium » qu’elles distribuent généreusement au corps médical le prix des médicaments. Quant aux assureurs, le médecin doit les payer pour accéder à une vague connaissance statistique du coût engendré par sa propre pratique médicale.

Christophe Darbellay, en osant toucher à une question sensible, met en réalité le doigt sur un dsyfonctionnement grave de notre système de santé, auquel est imputable une large part de l’augmentation des coûts de la santé. Le médecin devrait, sans effort de recherche important, savoir, ne serait-ce que de façon approximative, combien ses prescriptions vont coûter. Pour en discuter avec ses patients, qui sont généralement beaucoup plus raisonnables que ne le croit M. Couchepin. Sans lui souhaiter aucun mal, on voudrait que le Conseiller fédéral doive un peu plus souvent recourir lui-même aux services de santé qu’il prétend administrer : peut-être commencerait-il à mettre le doigt au bon endroit ! 

21:38 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (17)

08/01/2008

Enfant obèse, enfant roi.

L'obésité d'une partie de nos enfants inquiète à juste titre les milieux de la santé publique. On entend à ce sujet des spécialistes de la nutrition ou de la prévention. On voudrait entendre des psychologues. Pour une large part, les enfants obèses manquent d'adultes qui savent leur dire non.
Il est dans la nature d'un enfant de s'alimenter davantage que nécessaire, surtout lorsqu'il a accès à des calories "faciles" : sucreries et pâtes, notamment. Les adultes ont pour rôle de limiter ces excès, ce qui peut provoquer des crises de rages réclamant beaucoup de ténacité. Il arrive aussi que les enfants refusent d'obéir à leurs parents (ce qui est plutôt rassurant) ; par malheur, certains parents tentent d'obtenir la soumission par le biais de bonbons ou d'autres "susucres".
On ne répétera jamais assez que l'éducation d'un enfant s'équilibre constamment entre deux pôles opposés : le oui et le non, l'encouragement et la critique, la satisfaction et la frustration. Il faut féliciter les parents qui ont la force de tenir tête aux désirs ou aux caprices de leurs enfants, et tout particulièrement lorsque ceux-ci se donnent en spectacle dans le but de provoquer la compassion publique.
Parler de l'obésité des enfants sans aborder sa composante psychologique, c'est certainement négliger un aspect essentiel du problème. Il faut absolument affirmer et répéter que celui dont on fait un enfant-roi est en réalité un enfant-martyre, l'obésité n'étant qu'un des aspects de sa souffrance. On voudrait que les professionnels de la psychologie et de l'éducation osent le dire clairement; au risque de déplaire à la génération des soixante-huitard(e)s qui s'est montrée assez irresponsable pour affirmer le contraire.

14:21 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (6)