08/06/2010

Repos dominical : une question d'identité chrétienne

Les libéraux-radicaux zurichois ont donc décidé de lancer une initiative pour l’ouverture des magasins le dimanche. Sous prétexte que « les modes de vie ont changé », et autres lieux communs, la vie moderne deviendrait impossible si chacune et à chacun n’était pas libre d’accéder aux commerces 7 jours sur 7.

Remarquons d’abord que certains commerces alimentaires sont ouverts le dimanche dans toute la Suisse et que la menace d’un jeûne obligé le dimanche est écartée depuis longtemps. Ce sont les autres secteurs du commerce qui sont visés : la confection, l’électroménager, le mobilier, les cosmétiques, etc. Laissons quereller ceux qui prétendent que sans ouverture dominicale une femme ou un homme moderne ne peut plus acheter le toaster dont il a besoin.

En revanche, je suis sensible à l’argument de ceux qui souhaitent que notre société conserve un jour de repos commun à tous, en dépit de quelques professions particulières. Ce jour de repos commun rythme notre semaine, permet l’exercice d’activités familiales et sociales, sportives ou culturelles. A ceux qui se plaignent de villes « mortes » le dimanche, je réponds qu’on peut aussi être attaché au calme particulier qui baigne nos cités ce jour-là.

Dans les pays chrétiens, le jour de repos commun a été fixé au dimanche.

C’est aussi sous cet angle que la question du repos dominical doit être abordée. Car, autant que nos clochers chrétiens, davantage même, le repos dominical exprime la tradition chrétienne de notre civilisation. Il y aurait quelque incohérence à « désacraliser » le dimanche tout en interdisant la construction de minarets.

Que ceux qui, pour des raisons purement économiques, plaident pour des commerces ouverts sept jours sur sept, mesurent bien la portée de cette initiative. En attaquant l’élément le moins contesté de notre identité chrétienne, le repos dominical, ils pourraient bien déplacer les conflits religieux sur un terrain moins pacifié…

01/02/2009

Détestable excommunication

L’excommunication hérisse les protestants. Elle constitue l’une des spécificités du catholicisme que la Réforme a condamnée. Dans la logique catholique, l’Eglise constitue un médiateur nécessaire entre le croyant et Dieu ; le salut passe par le sacrement de la communion ; celui qui est exclu de la communion est privé de tout accès au salut. L’excommunication est une condamnation à la mort éternelle ! Au moyen âge, les excommuniés étaient enterrés de nuit, et hors des murs du cimetière, pour bien signifier qu’ils ne pouvaient espérer le salut.

Les protestants affirment le salut par la seule grâce de Dieu. Ils remettent à Dieu le jugement des cœurs, et refusent d’interposer une hiérarchie, un clergé, entre Dieu et ses fidèles.

L’excommunication est conforme à la logique de l’Eglise catholique, mais profondément contraire à l’esprit réformé, qui la considère comme essentiellement contraire à l’Evangile. L’excommunication constitue ainsi le fond du fossé qui sépare les catholiques des protestants.

On y ajoutera que, dans la pratique, l’excommunication est principalement dirigée contre ceux qui contestent l’autorité de l’Eglise et qui, de fait, nuisent à son unité et à la force de sa hiérarchie. Ceux qui offensent le médiateur plutôt que ceux qui offensent Dieu !

L’excommunication des évêques d’Ecône participait de cette logique, tout comme la levée de cette mesure. Quant à l’évêque révisionniste Williamson, ses propos vont dans le même sens : il « regrette » les dérangements qu’il a occasionnés au pape. Qu’il ait violé ses devoirs de charité à l’endroit du peuple juif, voire qu’il ait offensé Dieu : peu importe. L’excommunication ne porte pas sur ces « détails »… Mais qu’il ait donné du souci à l’Eglise, cela il le regrette !

En cette année qui célèbre le 500ème anniversaire de la naissance de Clavin, l’affaire de la levée de l’excommunication qui émeut l’opinion publique donne une bonne occasion aux Réformés de réaffirmer l’un des fondements de leur foi. Dieu seul accorde au croyant le mystère de la communion avec  Lui, et aucun humain ne doit se sentir autorisé à faire barrage à cette communion. Le rappeler n’est pas faire obstacle à l’œcuménisme que j’appelle de mes vœux et de mes actes : c’est simplement mettre en évidence un des points importants qui nous séparent encore de l’Unité des chrétiens.

30/12/2007

Jésus-Christ socialiste ?

Maria Roth-Bernasconi affirme à Forums, le 30 décembre 2007, que Jésus était socialiste. Cette affirmation mérite une mise au point : le Christ a exhorté le riche à donner, alors que les socialistes invitent le pauvre à prendre. La différence est assez fondamentale pour que nous permettre d’inviter poliment Mme Roth-Bernasconi à réviser son discours partisan.
Personne n’ignore que cette question a alimenté et alimentera encore longuement les controverses et les débats théologiques. Sans prétendre à aucune autorité en cette matière, je me permets de discerner, dans l’enseignement du Christ, l’exaltation des devoirs : le riche est appelé à renoncer à ses biens, le puissant à son pouvoir, le lésé à sa vengeance. C’est l’appel au don de soi et de ses biens. Nulle part, nous ne voyons le Christ inviter les plus pauvres à revendiquer, à exiger, à prendre. Le socialisme se fonde sur la logique inverse : il invite à réclamer, à prendre, à revendiquer des droits.
Il est évident que, dans une certaine mesure, le résultat concret peut-être le même. Mais l’esprit est fondamentalement différent. Je ne suis pas sûr que le Christ se reconnaîtrait aujourd’hui dans le programme du parti socialiste, pas plus qu’il ne se reconnaîtrait dans aucun parti autre politique existant. L’Evangile d’adresse à l’individu et à sa conscience, alors que, par nature, le message politique s’adresse à l’Etat. Tenter de s’inspirer du message chrétien, c’est déjà tout un programme pour un politicien, et un bon projet à l’aube d’une nouvelle année. Au demeurant, mieux vaut éviter tout tentative de récupération politique de l’Evangile.