28/10/2011

La croissance destructrice de Novartis

18% d’augmentation du chiffre d’affaires en un an : c’est le chiffre qui devrait nous choquer au moment où il est question de fermer le site de Nyon, davantage encore que le bénéfice de plus de 2 milliards.

A l’heure où, de tous côtés, on perçoit les signes d’un ralentissement de la croissance économique dans le monde, 18% de croissance a quelque chose d’indécent. D’autant plus que Novartis est l’un des partenaires des systèmes de santé dont, dans le monde entier, on tente de limiter l’explosion des coûts.

Mais Novartis présente cette croissance de son chiffre d’affaires comme quelque chose de banal. Et c’est là que le bât blesse. Dans les milieux financiers qui paraissent diriger cette multinationale de la pharmacie, on a tellement perdu le sens des réalités qu’une croissance de cette importance semble une norme à rechercher. Et c’est très certainement pour parvenir à soutenir ce rythme de croissance démesuré – et plaire aux milieux financiers – que Novartis se trouve contraint d’optimiser ses profits par tous les moyens, y compris la mise à la porte de milliers de collaborateurs compétents, fidèles et expérimentés. Ils ont beau être parfaitement rentables, leur rentabilité ne correspond pas aux objectifs de croissance attendus.

En bref, les milieux financiers se fixent des objectifs de croissance complètement déconnectés de l’économie réelle. Pour les atteindre, les spéculations sur le cours des monnaies et des matières premières ne suffisant pas, ils imposent aux entreprises des chiffres de croissance incompatibles avec la survie à long terme, et qui les poussent à des restructurations et des délocalisations incessantes; processus qui, d’ailleurs, ne pourra pas se renouveler indéfiniment. Et sans doute à d’autres procédés commerciaux encore plus douteux.

On n’en sortira pas : aussi longtemps que les financiers tenteront d’imposer leur vision virtuelle de la croissance, l’économie réelle sera sacrifiée. On voudrait que les dirigeants de nos associations économiques quittent leurs idées simplistes : c'est bel et bien le dogme de la croissance sans limite qui conduit au malheur de Nyon !

21:24 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (15)

19/09/2011

Affaire UBS : le dogme de la croissance continuera à frapper

Aussi longtemps que les économistes confondront la prospérité et la croissance, nos banques seront exposées aux affaires qui minent leur équilibre et leur réputation.

Pour un esprit scientifique, il est évident que, dans un espace fini, la croissance d’un élément ne peut se faire qu’au détriment des autres, et qu’une croissance infinie est impossible. Dans le monde économique, qui a beaucoup d’analogies avec les lois de la thermodynamique, on continue pourtant à considérer qu’il n’y a pas de prospérité sans croissance. C’est un dogme. Une entreprise prospère, mais dont le bénéfice ne s’accroît pas d’année en année, est boudée par la bourse.

Cette culture de la croissance infinie a pour effet direct que, dans une banque, seul l’employé dont les « performances » sont croissantes est honoré. Lorsque l’économie réelle ne parvient pas atteindre les objectifs de croissance définis par les milieux financiers, les banquiers inventent d’autres moyens. A la croissance réelle, qui est la « dérivée » première de la prospérité, on ajoute d’autres produits dérivés, de plus en plus artificiels, que plus personne ne comprend vraiment, mais qui offrent pour eux-mêmes des « perspectives de croissance » prometteuses. Dans ce contexte, il est inévitable que quelques traders en viennent à prendre des risques insensés, qui finissent, comme le jeu de l’avion, à des déroutes majeures.

Je ne suis ni économiste ni banquier : simplement un individu qui contemple le monde. Dans l’économie réelle, il n’y a pas de croissance infinie. La croissance se fait toujours au détriment d’un concurrent ou par la consommation de réserves (notamment énergétiques). Il est probable que, lorsqu’une entreprise est devenue « too big to fail », elle est aussi devenue « too big to grow » : qu’elle a atteint un état d’équilibre qu’elle devrait s’employer à stabiliser.

Que tous ceux qui, à droite comme à gauche, s’indignent du dernier scandale UBS et proposent des solutions définitives s’interrogent sur leur propre positionnement face au dogme de la croissance.

20:42 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1)

18/07/2011

Franc fort : qu’on se rappelle la grève du beurre !

Le pouvoir des consommateurs était totalement absent du médiocre débat sur Forum, le 18 juillet, entre Bernard Rueger et Monika Dusong.

Pour le premier, les choses sont très compliquées et il ne faut accuser personne. Pour la seconde, c’est à la technocratie, ComCo en tête, de gérer le franc fort et ses effets. Ni l’un, ni l’autre ne semblent se souvenir que, dans un marché libre, le consommateur a le pouvoir.

M’est revenue à l’esprit l’affaire de la « grève du beurre ». Dans les années soixante, les ménagères ont décidé de lutter contre le prix du beurre, jugé excessif, et on cessé d’en acheter. Le mouvement a été largement suivi dans toute la Suisse. Pendant quelques semaines, je me souviens que ma mère nous a imposé la margarine au petit-déjeûner. Des montagnes de beurre se sont rapidement amoncelées, et, en peu de semaines, le prix a baissé. Echaudés, les distributeurs n’ont jamais osé, pendant près d’un demi-siècle, toucher trop au prix du beurre. Un succès mémorable obtenu tout simplement par des consommateurs faisant usage de leur pouvoir.

Que la hausse du franc suisse ne se répercute pas sur le prix des produits importés est tout simplement un scandale. Banaliser cette évidence, comme le fait M. Rueger, puis, avec certains milieux économiques, demander aux employés de travailler un peu plus, frise l’indécence. Car il y a bel et bien des importateurs qui profitent de cette forte valorisation du franc suisse et s’en mettent plein les poches.

Alors, aux consommateurs de jouer. Pas simplement en allant remplir leur caddie à l’étranger : cette réaction pénalise les producteurs suisses, qui n’y peuvent rien. Mais en refusant d’acheter en Suisse des produits importés dont les prix n’ont pas été sensiblement abaissés. Qu’on commence par les voitures, où les vins importés, ou les appareils électroniques. Une bonne grève, comme pour le beurre ! Pendant quelques mois, n’achetons aucune voiture neuve, ou aucun téléviseur, ou aucun vin étranger. Vous verrez les importateurs, en quelques semaines, face à la chute de leur cahier de commande, commencer à draguer le client à coup de promotions : 10 % par ci, 15 % par là.

Voilà le discours qu’on attendrait de Monika Dusong, Présidente de la fédération des consommateurs. Mais hélas, elle est socialiste : elle ne croit qu’au pouvoir de l’Etat et, dans son esprit, les consommateurs, quantité négligeable, n’ont pas de pouvoir. Aux vrais libéraux de s’affirmer !

21:51 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (5)