14/03/2016

La RIE III n'est pas le succès du centre

N'en déplaise à Axel Marion, le projet de réforme vaudois de la fiscalité des entreprises n'est pas le succès du Centre. Un peu facile, lorsque l'accord est trouvé, de lui coller le qualificatif de "centriste", comme si le PDC y était pour quelque chose. Cet accord est le fruit de deux volontés politiques opposées : une droite qui se préoccupe de façon générale d'alléger le poids de la fiscalité, et d'une gauche qui veut accorder des avantages sociaux. S'agissant de la droite, elle se réjouit de pouvoir réduire l'impôt sur le bénéfice des entreprises, sachant bien que la réduction de l'imposition des personnes physiques, qui demeure l'un de ses objectifs, devra intervenir dans un second temps. Quant à la gauche, elle se félicite, bien que minoritaire dans notre canton, de parvenir à obtenir quelques avantages sociaux, qui sont son combat permanent. Au passage, la suppression des statuts spéciaux, qui est une exigence des pays voisins, arrange tout le monde.

C'est accord, parfaitement dans la ligne de l'esprit de cohésion qui fait le miracle vaudois, n'est pas né d'une démarche "centriste", mais d'une saine confrontation politique entre une droite et une gauche qui ont des lignes politiques claires et distinctes, et qui sont condamnées à s'entendre. Que la résultante de cette confrontation se trouve au centre, par la force des choses, n'a rien d'étonnant. Mais rien qui autorise les partis du centre à la moindre autosatisfaction. Au contraire : l'accord de la droite et de la gauche autour de la réforme de la fiscalité des entreprises démontrerait plutôt que les partis du centre sont inutiles. Ce semble d'ailleurs bien être l'avis des électeurs, qui leur accordent de moins en moins leur confiance.

21/08/2015

Les Chrétiens face à l’Ancien Testament

L’Evêque de Coire  a provoqué un tollé en citant une condamnation de l’homosexualité figurant dans le Lévitique, un des premiers livres de l’Ancien Testament. Ce qui devrait indigner les Chrétiens, c’est qu’un Evêque puisse citer ce texte sans la distance qu’impose l’Evangile.

L’enseignement du Christ se distingue radicalement de l’Ancien Testament par un message de liberté. A la question : « Quel est le plus grand des Commandements ? », il répond clairement : « Tu aimerais ton Dieu et tu aimeras ton prochain… ; de là dépendent toute la Loi et les Prophètes. » Tout son enseignement consiste précisément à s’écarter des règles strictes de l’Ancien Testament pour en dégager seulement un message d’amour. Le livre du Lévitique, qui comporte un ensemble de règles à suivre, est globalement relativisé par le message chrétien.

C’est la grande originalité de l’Evangile, qui distingue fondamentalement le Christianisme des deux autres grandes religions monothéistes. En ce sens, la Charia est aux antipodes de la religion chrétienne. C’est aussi pourquoi la religion chrétienne contient si peu d’interdits – à la différence du Judaisme et de l’Islam – et permet au Chrétiens, par exemple, de manger de tout et de n’être soumis à aucun ritualisme contraignant.

Qu’un évêque cite le Lévitique à titre d’information : on ne peut le lui reprocher, ces textes font partie de la Bible. Mais qu’il ne lui apporte pas immédiatement la distance de l’Evangile, voilà qui devrait choquer. Ce n’est pas le Lévitique qui doit scandaliser : ces textes existent. Mais ne pas dire que ces textes ont été complètement relativisés par le Christ : voilà où est le scandale.

Par les temps qui courent, les Chrétiens seraient bien inspirés d’affirmer la spécificité de l’Evangile, religion de libération et de pardon ; religion d’amour. Cela ne veut pas dire qu’ils cautionnent n’importe quoi ; mais qu’ils affirment la distance qui sépare l’Ancien testament du message du Christ.

 

 

12/05/2015

Diagnostic préimplantatoire : éthiquement insignifiant !

Les opposants au diagnostic préimplantatoire prétendent « élever le débat » en lui donnant une dimension éthique. Ils n’ont pas complètement tort : ce débat comporte plusieurs dimensions éthiques, mais on peut sans grand risque affirmer que tout débat politique comporte une dimension éthique, et on s’en réjouit.

Pour les opposants, ce diagnostic préimplantatoire constituerait un pas déterminant  vers l’eugénisme, lequel s’opposerait à l’égale dignité de tout enfant confié à des parents par la volonté de Dieu.

Ah, la volonté de Dieu !

Pour une partie des croyants, et même des athées, la Création est sacrée. Toute intervention de l’humain dans l’ordre naturel des choses serait donc sacrilège. Mais contemplons-le, cet ordre naturel des choses que l’on prétend sacré : dans la nature, un petit malformé ou malade n’a aucune chance de survie. Il est la proie d’un prédateur, ou parfois même éliminé par sa propre famille. Le simple fait de maintenir en vie un enfant infirme est en soi une atteinte à l’ordre naturel des choses. Voilà ce qu’il faut dire.

Pour une autre partie des croyants, à laquelle j’appartiens, le Créateur seul est sacré, et l’être humain est son partenaire dans la gestion de la Création.

C’est dans cet esprit que, comme tous mes confrères, j’exerce mon métier de médecin : en réalité, chaque fois que je prescris un antibiotique, je m’oppose au cours naturel de la maladie et je transgresse la Création : mais je prétends utiliser les moyens humains – eux aussi créés par Dieu – pour gérer cette création dont il nous fait gestionnaire.

Là est le vrai choix éthique : intervenir ou ne pas intervenir dans le cours naturel de la vie.

Ceux qui refusent peuvent être cohérents : pas de contraception, pas d’interruption de grossesse, pas de transfusion sanguine. Et donc pas de sélection d’embryons, et pas de diagnostic préimplantatoire.

Dans l’autre camp, ceux qui admettent que la gestion de la procréation fait partie d’une contribution de l’homme à la poursuite de l’œuvre du Créateur, ceux-là sont cohérents lorsqu’ils acceptent le diagnostic préimplantatoire.

Mais j’ai peine à considérer que le diagnostic préimplantatoire puisse être, en soi, un enjeu éthique fondamental.