09/12/2014

La vaine illusion d'un parti apolitique

"Saint-Sulpice Ensemble" vient de se fonder sur l'illusion qu'on puisse faire de la politique sans parti. Des mains propres et un coeur pur pour les apolitiques, de la compromission intéressée et des mains sales pour les politiques : ce genre de jugement à l'emporte-pièce n'est pas nouveau, mais il doit être combattu.

L'élection au système proportionnel doit être distinguée de l'élection au système majoritaire. Le système proportionnel vient d'être introduit dans la commune de Saint-Sulpice parce qu'elle dépasse désormais le seuil de 3000 habitants. Le législateur a considéré que, à partir de ce seuil, les citoyennes et les citoyens n'ont plus une connaissance personnelle suffisante des différents candidats. En les regroupant par listes, et en accordant à chaque liste une nombre d'élus proportionnel au nombre de suffrages obtenus, le système privilégie des groupes, qu'il s'agisse de partis politiques ou de groupes d'intérêts qui ont en commun une même vision générale du développpement de leur commune ou de leur pays. Les mieux élus obtiennent un siège, mais ils le cèdent en cas de démission à un autre candidat porteurs de cette même vision, ce qui reflète bien les choix des électeurs.

Une même vision commune : c'est exactement ce qui fonde l'existence d'un parti politique. Quoi qu'en pensent les rêveurs des partis "apolitiques", on ne gère aucune entité publique ou privée sans une certaine vision de son développement. Cette vision, par essence, est politique. Saint-Suplice Ensemble ne peut subir que deux évolutions : ou bien ce pseudo parti est porté par une vision commune, et ne tardera pas à se situer clairement dans l'éventail qui sépare l'UDC de l'extrême gauche, en passant par les Verts; ou bien il sera réellement un groupement hétéroclite, imprévisible et incohérent, inutile à un développement cohérent d'une commune, voire nuisible.

Si on prétend se mêler de la vie politique, on peut très légitimement adhérer à une famille politique qu'on nomme parti; on peut ensuite en changer, voire en créer un nouveau. Le système proportionnel fonctionne à l'aide de partis politiques véritables, qui assument clairement, courageusement et durablement leur ligne : ils sont les acteurs des débats d'idée, qui sont l'honneur de notre démocratie. Ils sont déterminants, quoi qu'on pense, à tous les échelons, même à l'échelon communal et dans la vie personnelle.

Vouloir faire de la politique sans en faire, cela rappelle un certain Tartuffe; on peut aussi parler de faux-culs !

21/10/2014

Qui mérite encore un forfait fiscal ?

Les forfaits fiscaux sont nés d'une situation historique très particulière. Des étrangers âgés et malades venaient se faire soigner notamment sur les rives du Léman. Ils n'avaient effectivement plus aucune activité lucrative et, souvent, disposaient d'une fortune impossible à chiffrer. Que valaient des actions dans des mines d'Afrique ou des chemins de fer d'Amérique du Sud ? Sans parler des Russes ignorant l'étendue de leurs propres terres.

Dans ces conditions, une imposition fondée sur la dépense, c'est-à-dire le train de vie, avait un sens et correspondait au moins à une réalité mesurable chez nous. L'imposition forfaitaire n'avait rien d'inéquitable, mais exprimait le réalisme de l'autorité de taxation.

La mondialisation a changé les choses : les actions sont cotées en bourse, et les fortunes sont (à peu près) mesurables pour chacun.

Par ailleurs, à l'heure d'Internet, être "sans activité lucrative" n'a plus de sens, sinon pour les chômeurs et quelques inactifs sur les trottoirs de la Riponne. Quiconque dispose d'un portefeuille de titres le fait fructifier, ce qui constitue, sensu stricto, une "activité lucrative". Sans parler de ceux qui, au clavier de leur ordinateur, pilotent leur entreprise à distance. 

Dans les faits, l'octroi d'une imposition forfaitaire à la dépense constitue un archaïsme qui ne devrait plus être accordé à personne. En supprimer le principe par une initiative fédérale est choquant pour un fédéraliste. Mais que cette imposition continue à être pratiquée par nos autorités fiscales cantonales l'est davantage encore.

Le vrai combat fiscal que devrait mener la droite, c'est de rendre la fiscalité supportable pour chacun. A comparer avec l'enfer français, la Suisse, même pour ceux qui paient la contribution qu'ils doivent, est déjà enviable. Rien ne nous empêche de faire pour tous un pas de plus vers le paradis.

16/09/2014

"Décentraliser, c'est accepter des différences"

"Pour accroître l'efficacité de l'Education nationale, il faut augmenter les compétences des établissements, et alors accepter qu'il y ait des différences." (Alain Duhamel, La Première, le 16 septembre).

Tous ceux qui aiment la France souffrent de voir dans quel marasme elle se trouve, et ils ont écouté avec attention les propos lucides du journaliste Alain Duhamel, répondant à Simon Matthey-Doret. Inutile d'insister sur les points négatifs. Mais c'est au sujet de l'Education nationale que ses réflexions apportaient une ouverture particulièrement bienvenue.

Alain Duhamel observait que les dépenses publiques françaises sont souvent inefficientes, c'est-à-dire que l'Etat dépense beaucoup pour un résultat médiocre. Selon lui, l'Education nationale serait l'illustration de cette mauvaise adéquation entre les ressources et les résultats obtenus, les classements internationaux plaçant systématiquement la France à des rangs peu flatteurs. Pour augmenter cette efficience, il faudrait procéder à une décentralisation des compétences et augmenter l'autonomie des établissements. Mais il faudrait alors admettre qu'il puisse y avoir des différences entre les établissements, entre les régions.

Ces réflexions sont au coeur même des débats politiques. Pour le libéral, décentraliser, c'est augmenter non seulement l'autonomie des partenaires, mais aussi la responsabilité des acteurs du terrain. Et le libéral affirme que de cette responsabilité nait un meilleur engagement professionnel et, par là, une meilleure efficacité. Mais le socialiste est prisonnier du dogme de l'égalité. Pour lui, imaginer que l'enseignement puisse être un peu différent à Marseille de ce qu'il est à Lyon est inadmissible : cela signifie que l'un serait meilleur que l'autre et, pour les élèves, qu'ils ne seraient pas égaux devant l'Education nationale. 

On ne redressera pas la France en vouant tel président ou tel parti aux gémonies. Mais en dénonçant les idéologies totalitaires qui l'étouffent. A commencer par la quête obsessionnelle de l'égalité en tout. Ecrire "égalité" à la suite de "liberté" dans une devise patriotique n'a de sens que si cette égalité demeure limitée à sa dimension juridique : l'égalité devant la loi. Le reste n'est qu'asphyxie de la société.