21/08/2015

Les Chrétiens face à l’Ancien Testament

L’Evêque de Coire  a provoqué un tollé en citant une condamnation de l’homosexualité figurant dans le Lévitique, un des premiers livres de l’Ancien Testament. Ce qui devrait indigner les Chrétiens, c’est qu’un Evêque puisse citer ce texte sans la distance qu’impose l’Evangile.

L’enseignement du Christ se distingue radicalement de l’Ancien Testament par un message de liberté. A la question : « Quel est le plus grand des Commandements ? », il répond clairement : « Tu aimerais ton Dieu et tu aimeras ton prochain… ; de là dépendent toute la Loi et les Prophètes. » Tout son enseignement consiste précisément à s’écarter des règles strictes de l’Ancien Testament pour en dégager seulement un message d’amour. Le livre du Lévitique, qui comporte un ensemble de règles à suivre, est globalement relativisé par le message chrétien.

C’est la grande originalité de l’Evangile, qui distingue fondamentalement le Christianisme des deux autres grandes religions monothéistes. En ce sens, la Charia est aux antipodes de la religion chrétienne. C’est aussi pourquoi la religion chrétienne contient si peu d’interdits – à la différence du Judaisme et de l’Islam – et permet au Chrétiens, par exemple, de manger de tout et de n’être soumis à aucun ritualisme contraignant.

Qu’un évêque cite le Lévitique à titre d’information : on ne peut le lui reprocher, ces textes font partie de la Bible. Mais qu’il ne lui apporte pas immédiatement la distance de l’Evangile, voilà qui devrait choquer. Ce n’est pas le Lévitique qui doit scandaliser : ces textes existent. Mais ne pas dire que ces textes ont été complètement relativisés par le Christ : voilà où est le scandale.

Par les temps qui courent, les Chrétiens seraient bien inspirés d’affirmer la spécificité de l’Evangile, religion de libération et de pardon ; religion d’amour. Cela ne veut pas dire qu’ils cautionnent n’importe quoi ; mais qu’ils affirment la distance qui sépare l’Ancien testament du message du Christ.

 

 

12/05/2015

Diagnostic préimplantatoire : éthiquement insignifiant !

Les opposants au diagnostic préimplantatoire prétendent « élever le débat » en lui donnant une dimension éthique. Ils n’ont pas complètement tort : ce débat comporte plusieurs dimensions éthiques, mais on peut sans grand risque affirmer que tout débat politique comporte une dimension éthique, et on s’en réjouit.

Pour les opposants, ce diagnostic préimplantatoire constituerait un pas déterminant  vers l’eugénisme, lequel s’opposerait à l’égale dignité de tout enfant confié à des parents par la volonté de Dieu.

Ah, la volonté de Dieu !

Pour une partie des croyants, et même des athées, la Création est sacrée. Toute intervention de l’humain dans l’ordre naturel des choses serait donc sacrilège. Mais contemplons-le, cet ordre naturel des choses que l’on prétend sacré : dans la nature, un petit malformé ou malade n’a aucune chance de survie. Il est la proie d’un prédateur, ou parfois même éliminé par sa propre famille. Le simple fait de maintenir en vie un enfant infirme est en soi une atteinte à l’ordre naturel des choses. Voilà ce qu’il faut dire.

Pour une autre partie des croyants, à laquelle j’appartiens, le Créateur seul est sacré, et l’être humain est son partenaire dans la gestion de la Création.

C’est dans cet esprit que, comme tous mes confrères, j’exerce mon métier de médecin : en réalité, chaque fois que je prescris un antibiotique, je m’oppose au cours naturel de la maladie et je transgresse la Création : mais je prétends utiliser les moyens humains – eux aussi créés par Dieu – pour gérer cette création dont il nous fait gestionnaire.

Là est le vrai choix éthique : intervenir ou ne pas intervenir dans le cours naturel de la vie.

Ceux qui refusent peuvent être cohérents : pas de contraception, pas d’interruption de grossesse, pas de transfusion sanguine. Et donc pas de sélection d’embryons, et pas de diagnostic préimplantatoire.

Dans l’autre camp, ceux qui admettent que la gestion de la procréation fait partie d’une contribution de l’homme à la poursuite de l’œuvre du Créateur, ceux-là sont cohérents lorsqu’ils acceptent le diagnostic préimplantatoire.

Mais j’ai peine à considérer que le diagnostic préimplantatoire puisse être, en soi, un enjeu éthique fondamental.

 

 

  

09/12/2014

La vaine illusion d'un parti apolitique

"Saint-Sulpice Ensemble" vient de se fonder sur l'illusion qu'on puisse faire de la politique sans parti. Des mains propres et un coeur pur pour les apolitiques, de la compromission intéressée et des mains sales pour les politiques : ce genre de jugement à l'emporte-pièce n'est pas nouveau, mais il doit être combattu.

L'élection au système proportionnel doit être distinguée de l'élection au système majoritaire. Le système proportionnel vient d'être introduit dans la commune de Saint-Sulpice parce qu'elle dépasse désormais le seuil de 3000 habitants. Le législateur a considéré que, à partir de ce seuil, les citoyennes et les citoyens n'ont plus une connaissance personnelle suffisante des différents candidats. En les regroupant par listes, et en accordant à chaque liste une nombre d'élus proportionnel au nombre de suffrages obtenus, le système privilégie des groupes, qu'il s'agisse de partis politiques ou de groupes d'intérêts qui ont en commun une même vision générale du développpement de leur commune ou de leur pays. Les mieux élus obtiennent un siège, mais ils le cèdent en cas de démission à un autre candidat porteurs de cette même vision, ce qui reflète bien les choix des électeurs.

Une même vision commune : c'est exactement ce qui fonde l'existence d'un parti politique. Quoi qu'en pensent les rêveurs des partis "apolitiques", on ne gère aucune entité publique ou privée sans une certaine vision de son développement. Cette vision, par essence, est politique. Saint-Suplice Ensemble ne peut subir que deux évolutions : ou bien ce pseudo parti est porté par une vision commune, et ne tardera pas à se situer clairement dans l'éventail qui sépare l'UDC de l'extrême gauche, en passant par les Verts; ou bien il sera réellement un groupement hétéroclite, imprévisible et incohérent, inutile à un développement cohérent d'une commune, voire nuisible.

Si on prétend se mêler de la vie politique, on peut très légitimement adhérer à une famille politique qu'on nomme parti; on peut ensuite en changer, voire en créer un nouveau. Le système proportionnel fonctionne à l'aide de partis politiques véritables, qui assument clairement, courageusement et durablement leur ligne : ils sont les acteurs des débats d'idée, qui sont l'honneur de notre démocratie. Ils sont déterminants, quoi qu'on pense, à tous les échelons, même à l'échelon communal et dans la vie personnelle.

Vouloir faire de la politique sans en faire, cela rappelle un certain Tartuffe; on peut aussi parler de faux-culs !