12/05/2015

Diagnostic préimplantatoire : éthiquement insignifiant !

Les opposants au diagnostic préimplantatoire prétendent « élever le débat » en lui donnant une dimension éthique. Ils n’ont pas complètement tort : ce débat comporte plusieurs dimensions éthiques, mais on peut sans grand risque affirmer que tout débat politique comporte une dimension éthique, et on s’en réjouit.

Pour les opposants, ce diagnostic préimplantatoire constituerait un pas déterminant  vers l’eugénisme, lequel s’opposerait à l’égale dignité de tout enfant confié à des parents par la volonté de Dieu.

Ah, la volonté de Dieu !

Pour une partie des croyants, et même des athées, la Création est sacrée. Toute intervention de l’humain dans l’ordre naturel des choses serait donc sacrilège. Mais contemplons-le, cet ordre naturel des choses que l’on prétend sacré : dans la nature, un petit malformé ou malade n’a aucune chance de survie. Il est la proie d’un prédateur, ou parfois même éliminé par sa propre famille. Le simple fait de maintenir en vie un enfant infirme est en soi une atteinte à l’ordre naturel des choses. Voilà ce qu’il faut dire.

Pour une autre partie des croyants, à laquelle j’appartiens, le Créateur seul est sacré, et l’être humain est son partenaire dans la gestion de la Création.

C’est dans cet esprit que, comme tous mes confrères, j’exerce mon métier de médecin : en réalité, chaque fois que je prescris un antibiotique, je m’oppose au cours naturel de la maladie et je transgresse la Création : mais je prétends utiliser les moyens humains – eux aussi créés par Dieu – pour gérer cette création dont il nous fait gestionnaire.

Là est le vrai choix éthique : intervenir ou ne pas intervenir dans le cours naturel de la vie.

Ceux qui refusent peuvent être cohérents : pas de contraception, pas d’interruption de grossesse, pas de transfusion sanguine. Et donc pas de sélection d’embryons, et pas de diagnostic préimplantatoire.

Dans l’autre camp, ceux qui admettent que la gestion de la procréation fait partie d’une contribution de l’homme à la poursuite de l’œuvre du Créateur, ceux-là sont cohérents lorsqu’ils acceptent le diagnostic préimplantatoire.

Mais j’ai peine à considérer que le diagnostic préimplantatoire puisse être, en soi, un enjeu éthique fondamental.

 

 

  

09/12/2014

La vaine illusion d'un parti apolitique

"Saint-Sulpice Ensemble" vient de se fonder sur l'illusion qu'on puisse faire de la politique sans parti. Des mains propres et un coeur pur pour les apolitiques, de la compromission intéressée et des mains sales pour les politiques : ce genre de jugement à l'emporte-pièce n'est pas nouveau, mais il doit être combattu.

L'élection au système proportionnel doit être distinguée de l'élection au système majoritaire. Le système proportionnel vient d'être introduit dans la commune de Saint-Sulpice parce qu'elle dépasse désormais le seuil de 3000 habitants. Le législateur a considéré que, à partir de ce seuil, les citoyennes et les citoyens n'ont plus une connaissance personnelle suffisante des différents candidats. En les regroupant par listes, et en accordant à chaque liste une nombre d'élus proportionnel au nombre de suffrages obtenus, le système privilégie des groupes, qu'il s'agisse de partis politiques ou de groupes d'intérêts qui ont en commun une même vision générale du développpement de leur commune ou de leur pays. Les mieux élus obtiennent un siège, mais ils le cèdent en cas de démission à un autre candidat porteurs de cette même vision, ce qui reflète bien les choix des électeurs.

Une même vision commune : c'est exactement ce qui fonde l'existence d'un parti politique. Quoi qu'en pensent les rêveurs des partis "apolitiques", on ne gère aucune entité publique ou privée sans une certaine vision de son développement. Cette vision, par essence, est politique. Saint-Suplice Ensemble ne peut subir que deux évolutions : ou bien ce pseudo parti est porté par une vision commune, et ne tardera pas à se situer clairement dans l'éventail qui sépare l'UDC de l'extrême gauche, en passant par les Verts; ou bien il sera réellement un groupement hétéroclite, imprévisible et incohérent, inutile à un développement cohérent d'une commune, voire nuisible.

Si on prétend se mêler de la vie politique, on peut très légitimement adhérer à une famille politique qu'on nomme parti; on peut ensuite en changer, voire en créer un nouveau. Le système proportionnel fonctionne à l'aide de partis politiques véritables, qui assument clairement, courageusement et durablement leur ligne : ils sont les acteurs des débats d'idée, qui sont l'honneur de notre démocratie. Ils sont déterminants, quoi qu'on pense, à tous les échelons, même à l'échelon communal et dans la vie personnelle.

Vouloir faire de la politique sans en faire, cela rappelle un certain Tartuffe; on peut aussi parler de faux-culs !

21/10/2014

Qui mérite encore un forfait fiscal ?

Les forfaits fiscaux sont nés d'une situation historique très particulière. Des étrangers âgés et malades venaient se faire soigner notamment sur les rives du Léman. Ils n'avaient effectivement plus aucune activité lucrative et, souvent, disposaient d'une fortune impossible à chiffrer. Que valaient des actions dans des mines d'Afrique ou des chemins de fer d'Amérique du Sud ? Sans parler des Russes ignorant l'étendue de leurs propres terres.

Dans ces conditions, une imposition fondée sur la dépense, c'est-à-dire le train de vie, avait un sens et correspondait au moins à une réalité mesurable chez nous. L'imposition forfaitaire n'avait rien d'inéquitable, mais exprimait le réalisme de l'autorité de taxation.

La mondialisation a changé les choses : les actions sont cotées en bourse, et les fortunes sont (à peu près) mesurables pour chacun.

Par ailleurs, à l'heure d'Internet, être "sans activité lucrative" n'a plus de sens, sinon pour les chômeurs et quelques inactifs sur les trottoirs de la Riponne. Quiconque dispose d'un portefeuille de titres le fait fructifier, ce qui constitue, sensu stricto, une "activité lucrative". Sans parler de ceux qui, au clavier de leur ordinateur, pilotent leur entreprise à distance. 

Dans les faits, l'octroi d'une imposition forfaitaire à la dépense constitue un archaïsme qui ne devrait plus être accordé à personne. En supprimer le principe par une initiative fédérale est choquant pour un fédéraliste. Mais que cette imposition continue à être pratiquée par nos autorités fiscales cantonales l'est davantage encore.

Le vrai combat fiscal que devrait mener la droite, c'est de rendre la fiscalité supportable pour chacun. A comparer avec l'enfer français, la Suisse, même pour ceux qui paient la contribution qu'ils doivent, est déjà enviable. Rien ne nous empêche de faire pour tous un pas de plus vers le paradis.