04/11/2008

Politique anticyclique

Un privé refait son toit les bonnes années. Le principe de la politique anticyclque suggère que l’Etat refasse ses toits pendant les mauvaises années. Schématiquement, on peut considérer qu’une bonne politique anticyclique consiste à investir pendant les mauvaises années pour alléger les charges pendant les bonnes années, et non pas les alourdir. Le parti socialiste suisse a raison : en proposant d’encourager les mesures d’assainissement des bâtiments en période de basse conjoncture, ce qui aura pour effet une diminution des dépenses énergétiques lorsque la conjoncture se redressera, il propose une véritable politique anticyclique. Bravo !
Mais ce n’est pas ce que proposent les socialistes vaudois : la construction d’un nouveau musée à Bellerive constitue un investissement qui entraînera un accroissement des charges dans les années suivantes, et non pas un allègement. Ce projet n’a donc rien d’anticyclique. Dommage que les socialistes aient de la peine à appliquer dans leurs programmes cantonaux les grands principes du parti suisse.
Si le canton veut effectuer une vraie politique anticyclique, il doit entretenir et assainir les bâtiments dont il est actuellement propriétaire, par exemple le Château cantonal,… ou le Palais de Rumine, justement ; et pas construire de nouveaux édifices dont l’entretien va durablement alourdir son budget. Mais l’histoire nous l’apprend : la politique anticyclique dépasse rarement l’échelon du discours de cantine…

10:52 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7)

29/10/2008

Lausanne-près-Cuba

Après le Conseil d’Etat, c’est la Municipalité de Lausanne qui dérape dans son combat pour le projet de musée à Bellerive. Son dernier communiqué de presse dépasse les bornes du déni démocratique. Signé de la « Direction de la culture, du logement et du patrimoine », ce communiqué présente la construction du bâtiment de Bellerive comme une affaire acquise, sans l’ombre d’une allusion au référendum, c’est-à-dire au fait que cette construction est soumise au verdict démocratique. Exactement comme si la volonté populaire était une dimension négligeable du débat. Ose-t-on rappeler à ces édiles que, en démocratie, le « souverain », c’est encore le peuple ! Ils sont en droit d’élaborer des projets, mais sous réserve…
On lit également dans ce communiqué : « La Municipalité octroiera au Canton un droit de superficie pour l’édification du bâtiment ». Et le Conseil communal, là-dedans ? L’octroi d’un droit de superficie est une compétence du Conseil communal, élu par le peuple. La Municipalité peut le proposer, mais elle n’a pas la compétence de l’ « octroyer ».
On a décidément l’impression que certains magistrats sont à ce point déstabilisés par le référendum lancé par le comité « Pas au bord du lac » qu’ils en viennent à perdre tous leurs repères. Lausanne n’est pas une dictature, que diable ! Bien qu’occupant six sièges sur sept à la Municipalité, la coalition rouge-rose-verte n’a pas les pleins pouvoirs. Elle verra, le 30 novembre, ce que le peuple aura décidé. D’ici là, elle ferait bien d’user, pour ses projets, du mode conditionnel : le conditionnel imposé par les règles de la démocratie.

21:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (38)

21/10/2008

Dérapage au Conseil d'Etat

On sait que le Conseil d’Etat s’engage avec une énergie surprenante pour son projet de musée à Bellerive. Mais à l’UNIL, cet engagement dérape. La Faculté des lettres organise une « double conférence-débat » sur les enjeux du musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne. Orateurs : Mme Anne-Catherine Lyon, Conseillère d’Etat, M. Bernard Fibicher, directeur du Musée cantonal des Beaux-Arts, avec pour modérateur ( !) M. Philippe Kaenel, professeur d’histoire de l’art. Tous trois sont des partisans déclarés du projet de Bellerive. Belle conception du « débat » ! On ne saura pas qui, du Conseil d’Etat ou de la faculté des lettres, aura été l’initiateur de cette mascarade. Mais on peut s’étonner qu’un membre du Conseil d’Etat, autorité tutélaire de l’Université et garante de son autonomie, accepte de prendre part à un débat qui relève bien plus exactement d’un exercice de propagande, à quelques semaines d’une votation populaire sur l’objet discuté.
Il n’est jamais bon que l’Université soit agitée par des combats électoraux. Sans doute doit-elle s’enrichir de vraies disputes sur des sujets importants, mais de préférence à distance d’une votation populaire. Dans tous les cas, le Conseil d’Etat devrait faire preuve d’une grande prudence pour éviter toute pression sur des cadres universitaires qui, de fait, lui sont soumis hiérarchiquement.
Le dossier du Musée des Beaux-Arts fait apparaître au grand jour toutes les démarches dont l’autorité est capable lorsqu’elle entend faire passer en force un de ses projets contesté démocratiquement. Que l’Université accepte de participer au matraquage officiel est néanmoins surprenant. Le même Conseil d’Etat qui vient de doter l’Université de Lausanne d’une loi garantissant son autonomie devrait s’interdire de participer à la manœuvre. Nous savions que l’organisation de débats monocolores pour diffuser la propagande officielle au sein de l’université était pratiquée par les régimes totalitaires, tout particulièrement dans les domaines culturels. On se demande parfois ce qui reste de notre démocratie en terre vaudoise.

22:06 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (15)