09/09/2014

La France, notre modèle socialiste

Les jeunes socialistes bâlois proposent d’introduire en Suisse la semaine de 35 heures : la situation est claire.

La plupart des propositions politiques sont fondées sur des hypothèses. Parfois, au contraire, elles ne sont simplement reprises d’un modèle déjà réalisé dans un pays voisin. En ce sens, on peut se réjouir que la France serve de modèle aux jeunes socialistes…

L’idéologie socialiste est dominée par le dogme de l’égalité : tous sont toujours égaux en tout, sur tout et partout. Les 35 heures expriment ce dogme. En réduisant à 35 heures le travail d’un employé, on fournit un emploi à un autre, tous étant de compétence, de caractère et de performance égale.

L‘égalité obsessionnelle inspire l’essentiel des mesures prises par la France. Inutile de préciser que « le mariage pour tous » n’est qu’une expression égalitaire (dans un milieu qui revendique à la fois le droit à la différence et la non discrimination…). La politique fiscale de la France vise, à l’évidence, à « corriger les inégalités », notamment en privant ceux qui travaillent davantage du fruit de leur travail. La Secu, qui sert de modèle à la Caisse publique, est fondamentalement organisée autour de l’idée d’égalité.

A l’égalité socialiste s’oppose le mérite, cher aux libéraux : celui qui fournit un effort doit en tirer un bénéfice (qui n’est pas toujours financier). Et les libéraux relèvent qu’il est juste que celui qui travaille - et apporte ainsi une contribution à la collectivité - s’en tire mieux que celui qui tend la main au bord d’un trottoir : l’égalité est une injustice.

Il n’est pas choquant que certains se réclament de l’égalité alors que d’autres professent le mérite. Notre préoccupation est ailleurs : comment est-il possible que de jeunes esprits, probablement intelligents – l’intelligence assez répandue chez les socialistes – puissent encore prendre leur modèle sur la France ?

Ou alors faut-il les en remercier : leur programme est clair, il est déjà accompli à nos frontières, et la Suisse n’en a pas besoin.

02/09/2014

Geri Müller, un maire incapable

Que le maire de Baden prétende revenir aux affaires démontre qu'il est incapable d'exercer cette fonction.

Il peut prétendre que son "selfie" est une affaire privée : d'autres, avec sagesse, admettent que la vie privée d'un homme public est une vie publique. Mais là n'est pas l'essentiel.

Le chef d'un gouvernement, fût-il celui d'une ville, est appelé à exercer l'autorité disciplinaire sur toute son administration. On voit bien à quel point il a perdu tout pouvoir sur d'éventuels dérapages de ses collaborateurs : ces dérapages sont souvent mineurs aux yeux de la loi mais graves dans l'exercice de l'autorité que confère la loi. Et c'est dans ces situations que l'autorité personnelle du chef de gouvernement devient déterminante.  Autant dire que tout ou presque est désormais permis dans l'administration de Baden, et les administrés devront s'en accommoder.

Le maire est aussi responsable de la police : n'est-elle pas désavouée d'avance si le premier magistrat de la commune utilise le temps et les locaux publics pour se photographier en tenue d'Adam ? Et que dire de la jeunesse et des écoles : vous imaginez le crédit auprès des jeunes d'un Geri Müller qui les appellerait à modérer leur consommation d'alcool ou de cannabis ?

Ce magistrat a commis une faute grave non pas contre lui-même, mais contre la fonction qu'il exerce. Cette faute étant commise, et même s'il tente de s'en excuser, elle le rend incapable d'exercer sa fonction. Le fait qu'il n'en ait pas pris la mesure dénote chez lui et chez ceux qui le soutiennent une incapacité générale à occuper des fonctions gouvernementales.

Mais il peut bien rester parlementaire fédéral, là où il n'engage que lui-même.

23/01/2014

Immigration : la rigueur plutôt que le contingentement

OUI : l’immigration massive que connaît notre pays est un problème. NON : l’initiative UDC n’est pas la bonne réponse.

Car la politique que nous appliquons est juste dans son principe : admettre dans notre pays les ressortissants étrangers qui y trouvent un emploi. On n’a d’ailleurs guère entendu les initiants s’opposer à ce principe.

L’octroi de permis B, dans notre pays, est soumis à deux conditions : être ressortissant d’un pays de l’Union européenne, d’une part, disposer d’un contrat de travail, d’autre part. Et pour prétendre au regroupement familial, le requérant doit démontrer qu’il dispose de revenus suffisants pour entretenir sa famille.

Si toutes ces règles étaient strictement appliquées, les situations d’étrangers émargeant à notre dispositif d’aide sociale, ces situations qui suscitent à bon droit l’hostilité de notre population, devraient être tout-à-fait exceptionnelles. Mais elles ne le sont pas. En un temps où le commerce de fausses pièces d’identité est florissant, l’identification des requérants nécessite des outils de contrôle qui souvent font défaut. Les prétendus certificats de travail ne sont pas vérifiés et, en cas de légèreté, les employeurs fautifs ne sont pas poursuivis. Les diplômes étrangers pris en compte par l’autorité (fédérale) qui atteste de leur équivalence avec un titre suisse ne sont souvent que des copies dépourvues d’authenticité.

Plutôt que la mécanique lourde et rigide des contingentements proposée par l’UDC, c’est donc bien de rigueur que notre politique d’immigration, juste dans son principe, aurait besoin, autant dans nos administrations communales que cantonales et fédérale.

Pour bien comprendre les choses, il convient de comparer le sort d’un fonctionnaire rigoureux et celui d’un collègue laxiste. Le fonctionnaire laxiste qui accorde un titre de séjour à la légère vit confortablement.  Il ne fait pas de vagues  et personne ne conteste ses décisions. A l’opposé, le fonctionnaire rigoureux qui conteste une pièce d’identité, un diplôme ou un certificat de travail rencontre l’animosité du requérant, lequel risque de recourir contre sa décision ; diverses organisations viendront à la rescousse ; avec un peu de malchance, un militant de gauche l’accusera de discrimination, voire de racisme. Au bout du compte, avec l’intervention d’un avocat habile, un tribunal risque de casser sa décision au motif qu’un détail de la procédure n’a pas été respecté.

Dans les administrations publiques, la rigueur n’apporte aux fonctionnaires que des ennuis. Notre responsabilité de citoyens, de politiciens et de journalistes est d’apporter notre soutien public à tous ces employés de l’administration qui, à leur poste, osent faire leur travail avec exigence et sévérité. C’est cette rigueur qui doit constituer la première « mesure d’accompagnement » de notre politique migratoire. Dans ce domaine comme dans d’autres, le laxisme de l’autorité est un mal bien réel ; mais l’UDC lui apporte un mauvais remède.

Publié dans 24 Heures du 22 janvier 2014