30/04/2020

Dépistage systématique Covid : vite dit !

Pas si simples, les dépistages systématiques. Le SSP-enseignement demande que tous les élèves soient testés : visiblement, ils ne savent pas de quoi ils parlent.

Tout d'abord, il faut savoir que ces frottis de dépistage ont une sensibilité insuffisante : 60 à 80% seulement. En d'autres termes, cela signifie que 20 à 40 % de patients atteints du Covid-19 sont à tort considérés comme "négatifs". Et ces faux négatifs sont une plaie épidémiologique, car ils apportent une fausse sécurité. Le sujet déclaré "négatif" se croit inoffensif et protégé, alors qu'il est un danger pour lui-même et pour les autres. Ce taux de faux négatifs augmente si le test est mal fait. Les "drinve-in", comme on annonce à Berne et à Yverdon, sont donc un danger public !

Venons-en aux enfants. Le frottis est très douloureux pour un enfant. Tous les ORL (dont je fais partie) savent qu'il est très difficile de passer un écouvillon dans le nez d'un enfant. A tous les coups, il se met à pleurer, ou à crier. Alors, vouloir le faire de façon systématique à des enfants est tout simplement impossible. Le premier va crier, et les autres refuseront. Ou alors, le test sera mal fait, ce qui augmentera les faux-négatifs. 

Cessons de bêler "dépistage systématique". Ce n'est pas seulement inutile, c'est dangereux. Le test doit être accompagné d'un diagnostic médical (capable de détecter les faux négatifs), puis d'une prise en charge adaptée si, par malheur, le test était positif. Un test virologique ne se pratique pas comme une prise de photo par un smartphone ! 

01/04/2020

L'épidémie, la gauche et la droite

Passée une brève période de cohésion de tous les bords politiques autour des mesures prises par le Conseil fédéral pour freiner l'épidémie du Covid-19, des lignes de fracture apparaissent. Ce qui n'est pas étonnant.

Pour les esprits superficiels, on aurait dans un camp les gentils, ceux qui font passer la santé avant tout, et dans l'autre les méchants, ceux qui se soucient de l'économie. Mais les choses ne sont pas si simples. Une crise économique tue, elle aussi. Dans Le Temps du 26.5.2016 on pouvait lire que la crise de 2008 aurait fait 500'000 morts dans le monde...

On nous répondra qu'il "suffit" que les pouvoirs publics engagent des fonds - il serait question de 100 milliards pour notre pays - pour régler les conséquences économiques de la crise du Corona. Comme si tout était une question d'argent. Et c'est là qu'apparaît la ligne de fracture.

Il y a, dans notre société, une partie de gens qui sont des "rentiers", c'est-à-dire des gens qui, quel que soit leur âge, se soucient principalement de savoir combien d'argent leur parviendra à la fin du mois. Quelle qu'en soit l'origine. Et du moment que leurs rentes sont assurées (qu'il s'agisse d'un salaire fixe ou d'une pension ou d'une autre indemnité) pour ces gens, rien n'est trop beau pour protéger la santé, dussions-nous être tous enfermés pendant trois ou six mois. "La santé avant tout". Et c'est ainsi que résonnent nos dirigeants socialistes ou nos responsables syndicaux.

Mais il y a tous les autres, ceux qui vivent dans la logique du "mérite", c'est-à-dire qui considèrent que leur revenu doit être le fruit de leur travail. On les trouve dans toutes les classes sociales, dans toutes les professions, dans toutes les relations contractuelles. Ce sont des gens qui considèrent que leur revenu est "mérité" en échange de leur travail et de leur contribution à la marche de la société. Ces gens-là, et ils sont nombreux, veulent pouvoir travailler, c'est-à-dire que leur équilibre, leur bonheur et leur santé réside dans cet échange entre ce qu'ils donnent et ce qu'ils reçoivent. A tous ces gens, les milliards de la Confédération peuvent apporter une aide passagère, mais ce n'est pas, fondamentalement, ce qu'ils demandent. Croit-on qu'un paysan peut voir sans souffrance sa récolte anéantie et invendable simplement du fait que la Confédération va l'indemniser ? Ces gens-là n'attendent pas l'aide socialiste, mais celle d'élus de droite qui leur permettront de se remettre au travail.

Il n'est pas très étonnant qu'un fossé se creuse entre les alémaniques, plus proches de la culture du mérite, et les romands, bercés d'illusions socialistes. Parce que cette crise fait bien apparaître deux attitudes fondamentalement opposées face à la vie : les uns tendent la main, les autres veulent s'en servir.

Cessons de prétendre que la distinction entre la gauche et la droite est un archaïsme. Ce sont deux façons fondamentalement différentes de voir le monde, et la crise actuelle les fait progressivement apparaître de façon démonstrative.